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Mémoires tissées fait vivre les récits des grand-mères venues d’ailleurs

Un an après son lancement, Mémoires tissées, Ode à nos grand-mères venues d’ailleurs poursuit son chemin bien au-delà des pages du livre. Porté par Nathalie Bondetti, consultante, praticienne narrative et fondatrice de We Talk France, ce projet donne une place visible à des récits longtemps restés dans l’ombre : ceux des grand-mères issues de l’immigration, souvent transmis par bribes, parfois tus, rarement reconnus comme une part essentielle de la mémoire collective.

À l’origine de cette démarche, il y a un constat simple et sensible. Dans de nombreuses familles, les parcours des femmes immigrées ou descendantes de l’immigration demeurent peu racontés. Leurs histoires circulent dans l’intimité, à travers quelques souvenirs, des gestes, des recettes, des silences, des expressions, des fragments de langue ou des anecdotes. Pourtant, ces récits disent beaucoup des trajectoires familiales, des déplacements, des enracinements, des sacrifices, des transmissions et des identités multiples qui composent aujourd’hui la société française.

Mémoires tissées entend préserver cette mémoire avant qu’elle ne s’efface. Le projet prend la forme d’un ouvrage collectif, mais aussi d’un dispositif vivant de rencontres et de dialogue. Le livre réunit vingt témoignages intimistes, des contes, des illustrations oniriques réalisées par Laetitia Gillard, ainsi que des contributions d’experts, journalistes et chercheurs, parmi lesquels Pascal Blanchard et Léla Bencharif. L’ensemble propose une approche à la fois sensible, sociale et historique, où l’expérience personnelle rejoint les grands enjeux de société.

Pensé pour les familles, les jeunes, les seniors, mais aussi les professionnels de l’éducation, de la culture et du médico-social, l’ouvrage n’est pas seulement un objet de lecture. Il devient un support de conversation, un déclencheur de parole, un outil pour renouer avec des histoires parfois oubliées ou difficiles à formuler. À travers les récits de ces grand-mères venues d’ailleurs, il interroge la transmission intergénérationnelle, la place des femmes dans les mémoires migratoires, la construction de l’identité et la manière dont les histoires familiales participent à la cohésion sociale.

Depuis son lancement, l’initiative a pris de l’ampleur grâce à des formats de rencontres qui prolongent l’esprit du livre. Cafés Nomades, ateliers en EHPAD, interventions en milieux éducatifs et culturels : ces espaces permettent d’aborder les questions migratoires autrement, par l’écoute, le récit et l’expérience humaine. En 2025, plus de 500 personnes ont participé à ces rendez-vous organisés à Paris, Lyon, Genève, Marseille, Montereau-Fault-Yonne, Chambéry ou encore Avignon.

Les Cafés Nomades occupent une place centrale dans cette dynamique. Conçus comme des espaces de dialogue ouverts, ils favorisent la rencontre entre générations et la mise en commun des mémoires individuelles. Chacun peut y déposer une histoire, écouter celle des autres, faire résonner un souvenir personnel avec une trajectoire collective. Dans une société où l’isolement relationnel touche une part importante de la population, ces temps d’échange rappellent combien le lien peut être une ressource de mieux-être, notamment pour les personnes âgées, les familles et les jeunes en quête de repères.

L’approche de Mémoires tissées repose sur les pratiques narratives et l’intelligence collective. Elle ne cherche pas à figer les parcours dans une mémoire officielle, mais à créer les conditions d’une parole partagée. Le récit devient alors un moyen de réparer certaines transmissions interrompues, de valoriser des héritages culturels invisibilisés et de donner une dignité nouvelle à des expériences longtemps considérées comme ordinaires ou secondaires.

Le projet s’inscrit également dans une ambition plus large : faire essaimer ces formats en France et dans les pays francophones. L’objectif est de développer de nouveaux partenariats, d’installer ces espaces de parole dans différents territoires et de faire de Mémoires tissées un dispositif durable de transmission et d’échanges de savoirs. L’enjeu dépasse le simple hommage aux aïeules. Il s’agit de faire reconnaître la richesse des récits féminins, interculturels et intergénérationnels comme une force de lien social.

Derrière cette initiative, We Talk France porte une vision engagée de l’inclusion et de l’émancipation. Créée à Paris et implantée depuis 2022 en région Auvergne-Rhône-Alpes, l’association agit en faveur des jeunes filles et des femmes, en mettant en valeur la diversité des parcours et la puissance du féminin pluriel. Soutenue par des partenaires publics et privés, elle développe des projets socio-éducatifs, des rencontres inspirantes et des expériences immersives mêlant engagement citoyen, art, sport, éducation et découverte interculturelle.

Avec Mémoires tissées, Nathalie Bondetti prolonge cette démarche en plaçant les récits de vie au cœur de la transformation collective. Forte de quinze ans d’expérience dans l’accompagnement des individus et des organisations, elle fait de la singularité des parcours un levier de compréhension, de transmission et d’émancipation.

À une époque où les questions d’identité, de migration, de vieillissement et de lien social peuvent être sources de tensions, Mémoires tissées choisit une autre voie : celle de l’écoute, de la nuance et de la mémoire partagée. En redonnant une place aux grand-mères venues d’ailleurs, le projet rappelle que les grandes histoires collectives se construisent aussi dans les voix discrètes, les souvenirs familiaux et les héritages transmis autour d’une table, dans une langue mêlée, un silence habité ou une parole enfin reconnue.

Elliot

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