Handisport : Renault et Qstomize veulent lever le frein des déplacements en équipe
Dans le sport, le match ne commence pas toujours au coup d’envoi. Il débute souvent bien avant, au moment d’organiser le trajet, de charger le matériel, de réunir les joueurs et d’arriver ensemble dans de bonnes conditions. Pour les clubs handisport, cette étape reste trop souvent un parcours complexe. C’est précisément sur ce point que Renault et son département Qstomize entendent agir avec 1 VAN 1 TEAM, une offre pensée pour accompagner les clubs dans l’adaptation de leurs véhicules et alléger une contrainte logistique encore trop lourde.
L’initiative s’inscrit dans une histoire déjà ancienne. Depuis près de quarante ans, Renault dispose en effet d’un département interne dédié à la transformation de véhicules. Avec Qstomize, le constructeur a développé une expertise spécifique dans l’aménagement sur mesure, notamment pour les véhicules TPMR, c’est-à-dire destinés au transport de personnes à mobilité réduite. Plus de 1 200 aménagements ont ainsi été réalisés afin de répondre à des besoins variés, aussi bien pour des particuliers que pour des professionnels, en France comme à l’international.
Avec 1 VAN 1 TEAM, cette compétence industrielle et technique est mise au service d’un enjeu très concret : permettre à des équipes handisport de voyager ensemble, dans un même véhicule, vers leurs entraînements et leurs compétitions. L’offre ne repose pas seulement sur l’adaptation du véhicule. Elle inclut également une aide financière et un accompagnement technique, notamment pour le stickage, autrement dit la personnalisation extérieure aux couleurs du club. Ce détail n’en est pas un. Il participe à la visibilité, à l’identité et à la fierté collective d’équipes qui réclament depuis longtemps une reconnaissance pleine et entière.
Car derrière cette annonce se dessine une réalité souvent peu visible pour le grand public. Dans le sport dit valide, se rendre ensemble à un match relève de l’évidence. Pour une équipe composée de joueurs en fauteuil roulant, la situation est tout autre. Les fauteuils sont encombrants, les contraintes d’accessibilité nombreuses, et les véhicules adaptés demeurent trop rares. Résultat : les clubs doivent souvent bricoler des solutions au cas par cas, multiplier les voitures personnelles, solliciter les proches, répartir les joueurs sur plusieurs trajets et gérer une organisation lourde, fatigante et parfois décourageante.
Cette difficulté logistique n’est pas secondaire. Elle pèse sur la vie même des clubs. Elle complique la participation aux compétitions, mobilise une énergie considérable hors du terrain et ajoute une fatigue supplémentaire à des sportifs déjà très sollicités. Le témoignage d’Abel Sisouk, membre des Mambas, en donne une mesure très directe : il évoque des week-ends où il faut conduire sept à huit heures pour disputer trois matchs, puis reprendre la route avec son véhicule personnel. Une telle charge ne peut être considérée comme un simple détail d’organisation. Elle constitue un frein réel au développement de la pratique et à la multiplication des rencontres sportives.
C’est à partir de ce constat qu’a été conçu le programme. L’ambition affichée est claire : proposer aux clubs handisport des solutions de transport adaptées qui leur permettent non seulement de se déplacer, mais de se déplacer mieux. Autrement dit, de retrouver ce qui fait aussi la force d’une équipe : partir ensemble, arriver ensemble, partager le trajet comme on partage le vestiaire ou le terrain.
Pour incarner ce lancement, Renault met à disposition du club des Mambas de Loire-Atlantique, ou Mambas Atlantique Rugby Fauteuil, un Renault Master aménagé spécifiquement selon ses besoins. Le véhicule dispose de cinq assises amovibles, pouvant être remplacées par cinq fauteuils roulants sécurisés. Cette modularité permet de transporter l’ensemble du groupe dans des conditions adaptées, sans avoir à dissocier les joueurs ni à improviser la logistique à chaque déplacement.
L’aménagement répond ici à une logique à la fois pratique et symbolique. Pratique, parce qu’il simplifie l’organisation et réduit la fatigue des trajets. Symbolique, parce qu’il place enfin une équipe handisport dans des conditions comparables à celles dont bénéficient d’autres clubs sportifs. Le Renault Master remis aux Mambas a d’ailleurs été personnalisé aux couleurs du club, avec un mamba géant apposé sur la carrosserie. Loin d’être anecdotique, cette personnalisation affirme une présence, une identité et une forme de reconnaissance.
Les réactions des membres du club illustrent cette double dimension. Jordan Ducret, président-joueur des Mambas, souligne que ce van aménagé représente une véritable opportunité. Selon lui, il doit permettre de renforcer la cohésion du groupe, d’optimiser les déplacements et d’aborder les matchs dans de meilleures dispositions, avec un esprit collectif renforcé. Derrière ces mots, on comprend que le transport n’est pas seulement une question de confort. Il conditionne aussi la préparation, l’état physique, la concentration et même la dynamique de l’équipe.
L’un des intérêts de cette opération est d’ailleurs de replacer la mobilité au cœur de l’inclusion. Trop souvent, l’accessibilité est pensée uniquement sous l’angle de l’accès à un lieu, à un bâtiment ou à un service. Ici, elle est abordée comme une condition d’égalité dans la pratique sportive. Pouvoir se rendre à un match dans de bonnes conditions, ensemble, sans dépendre d’expédients permanents, relève d’une forme élémentaire d’équité.
Pour Renault, l’opération permet aussi d’affirmer un positionnement. Arnaud Belloni, directeur marketing monde de la marque, insiste sur l’engagement du constructeur dans le sport, ou plutôt dans tous les sports, et sur les valeurs d’inclusion et de mobilité que cette campagne entend porter. L’expression est significative : il ne s’agit pas de traiter le handisport comme un univers à part, mais bien de l’inscrire dans une vision plus large de la mobilité pour tous.
Au fond, 1 VAN 1 TEAM ne se limite pas à la livraison d’un véhicule adapté à un club. Le programme met en lumière un besoin structurel du handisport français : celui de solutions de transport pensées dès l’origine pour les usages collectifs des équipes. Il rappelle aussi qu’un obstacle logistique, quand il devient chronique, peut peser aussi lourd qu’un obstacle financier ou matériel.
En facilitant les déplacements des Mambas, Renault et Qstomize montrent qu’une réponse industrielle et concrète peut être apportée à une difficulté de terrain longtemps considérée comme inévitable. Et c’est peut-être là l’intérêt principal de l’initiative : faire comprendre que, dans le sport inclusif, la question de la mobilité n’est pas périphérique. Elle est centrale, parce qu’elle conditionne l’accès même à la compétition, à la cohésion et à la vie collective du club.




