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Pourquoi regardons-nous notre téléphone alors que nous savons qu’il n’y a rien de nouveau ?

Le téléphone est posé sur la table. Nous l’avons consulté il y a trente secondes. Aucun message, aucun appel, aucune notification digne d’intérêt. Pourtant, la main revient. L’écran s’allume. Nous vérifions une nouvelle fois.

Toujours rien.

Nous le savions déjà, mais il fallait apparemment en avoir la confirmation officielle.

Ce geste est devenu si banal que nous ne le remarquons presque plus. Dans une file d’attente, devant un ascenseur, pendant une conversation un peu longue ou dès qu’un silence dépasse trois secondes, le téléphone surgit. Non parce que nous attendons réellement une information importante, mais parce qu’il faut bien vérifier si le monde a pensé à nous depuis la dernière consultation.

L’espoir d’un événement minuscule

Chaque déverrouillage contient une petite promesse. Peut-être qu’un message est arrivé. Peut-être qu’une personne a réagi. Peut-être qu’une actualité exceptionnelle vient de tomber. Peut-être même qu’un courriel passionnant nous attend, ce qui serait déjà une véritable surprise.

La plupart du temps, rien n’a changé. Pourtant, cette possibilité suffit à nous faire recommencer.

Les applications ont parfaitement compris ce mécanisme. Elles savent distribuer de petites récompenses imprévisibles : un message, un commentaire, une promotion, une vidéo amusante ou une notification qui annonce simplement qu’une autre notification sera bientôt disponible.

L’incertitude entretient le réflexe. Si quelque chose de nouveau apparaissait à chaque fois, nous consulterions notre téléphone avec méthode. Comme ce n’est pas le cas, nous le regardons compulsivement.

Une machine parfaite contre l’ennui

Autrefois, attendre signifiait attendre. On observait les gens, les murs, la circulation ou ses propres chaussures. On pouvait même, dans les cas les plus extrêmes, réfléchir.

Le téléphone a heureusement mis fin à cette situation inconfortable.

Désormais, la moindre seconde vide peut être remplie. Il suffit d’ouvrir un réseau social, de vérifier la météo déjà consultée le matin ou de parcourir les mêmes nouvelles en espérant qu’elles aient changé depuis deux minutes.

L’appareil ne nous apporte pas toujours quelque chose. Il nous évite surtout de rester seuls avec nous-mêmes.

C’est peut-être là son principal talent.

Vérifier que nous existons encore

Une notification n’est pas seulement une information. C’est une petite preuve sociale. Quelqu’un nous a écrit, mentionné, aimé ou au moins inclus dans un envoi collectif.

À l’inverse, l’absence de notification peut sembler légèrement suspecte. Le monde numérique poursuit-il ses activités sans nous ?

Nous regardons donc notre téléphone pour vérifier si quelqu’un a pensé à nous. Puis nous le reposons, un peu déçus. Trente secondes plus tard, nous recommençons, au cas où notre importance sociale aurait brusquement augmenté.

Le téléphone devient ainsi une sorte de miroir relationnel. Il ne montre pas notre visage, mais le niveau d’attention que les autres semblent nous accorder.

Un geste qui évite les autres

Regarder son téléphone est aussi une excellente manière d’éviter une situation sociale.

Dans les transports, il protège des regards. Dans une soirée, il permet de ne pas rester seul sans avoir l’air seul. Pendant une conversation, il offre une porte de sortie discrète, du moins pour celui qui consulte l’écran. Pour les autres, la discrétion est parfois moins évidente.

Le téléphone signale : « Je suis occupé. » Même lorsque l’occupation consiste à actualiser une page qui n’a rien de nouveau à proposer.

Il est devenu un accessoire de contenance. On ne sait pas quoi faire de ses mains, de son regard ou de son silence ? On consulte l’écran.

L’appareil n’est plus seulement utile. Il nous sert aussi de camouflage.

Le plaisir très relatif de l’actualisation

Faire glisser son doigt vers le bas pour actualiser une application est devenu un petit rituel. Le geste donne l’impression d’agir. Quelque chose tourne, une icône apparaît, la page se recharge.

Puis rien.

Mais ce rien est désormais actualisé.

Nous ne cherchons pas toujours une information précise. Nous cherchons parfois simplement le sentiment qu’un changement est possible. Le téléphone offre une succession infinie de portes que l’on peut ouvrir, même lorsqu’elles donnent toutes sur la même pièce.

Ce fonctionnement ressemble à celui d’une machine à sous, avec moins de pièces et davantage de vidéos de chats.

La peur de manquer quelque chose

Derrière cette consultation répétée se cache également la crainte de rater une information.

Un message pourrait nécessiter une réponse immédiate. Une actualité pourrait devenir importante. Une discussion pourrait avancer sans nous. Une publication pourrait disparaître avant que nous l’ayons vue, ce qui serait évidemment dramatique.

Nous avons pris l’habitude de considérer que tout doit être connu presque instantanément. Attendre une heure pour lire un message semble parfois relever de l’abandon administratif.

Cette urgence est souvent artificielle. La majorité des notifications pourraient attendre. Mais le téléphone entretient l’idée qu’elles ne le peuvent pas.

Nous devenons ainsi les permanenciers bénévoles de notre propre vie numérique.

Une habitude plus qu’un choix

Le plus souvent, nous ne décidons même pas de regarder notre téléphone. Le geste précède la pensée.

La main se déplace automatiquement. L’écran s’allume. Une application s’ouvre. Quelques minutes passent. Puis nous nous demandons pourquoi nous avons pris l’appareil.

Souvent, nous n’en savons rien.

Cette automatisation explique pourquoi les consultations sont si nombreuses. Elles ne répondent pas toutes à un besoin. Elles constituent une habitude déclenchée par l’ennui, l’attente, l’inconfort ou simplement la présence du téléphone à proximité.

Nous ne consultons plus toujours l’appareil parce qu’il a sonné. Nous le consultons pour vérifier qu’il n’aurait pas oublié de sonner.

Le téléphone comme distributeur d’importance

Chaque notification donne brièvement l’impression qu’un événement nous concerne.

Même les messages les plus insignifiants peuvent produire cet effet. Une application nous informe qu’un article est disponible. Une boutique annonce une réduction. Un réseau social rappelle qu’une personne inconnue a publié quelque chose.

Ce n’est pas nécessairement intéressant, mais c’est adressé à nous.

Le téléphone est ainsi devenu une machine à distribuer de minuscules doses d’importance personnelle. Il vibre, donc nous comptons. Il reste silencieux, donc nous vérifions s’il fonctionne encore.

Peut-on vraiment arrêter ?

Il suffirait théoriquement de désactiver les notifications, de poser le téléphone plus loin ou de décider de ne le consulter qu’à certains moments.

Théoriquement.

Dans la pratique, l’appareil contient nos messages, notre agenda, nos billets, nos comptes bancaires, nos photos, nos cartes, notre météo, nos actualités et parfois même notre capacité à entrer dans un immeuble.

Le téléphone n’est plus un outil que l’on utilise ponctuellement. Il est devenu l’environnement principal de nombreuses activités quotidiennes. S’en éloigner demande donc un effort volontaire, alors que le consulter ne demande rien.

C’est sans doute pour cela que nous continuons à le regarder même lorsque nous savons qu’il n’y a rien de nouveau.

Nous ne cherchons pas seulement une information. Nous cherchons une distraction, une confirmation, une récompense, un contact ou une excuse.

Et lorsque l’écran ne nous offre rien de tout cela, nous le reposons.

Jusqu’à la prochaine vérification, probablement dans quelques secondes.

Olivier Kauf

Consultant depuis plus de 30 ans, Je suis depuis une dizaine d'années journaliste, professionnel dans le domaine des risques et des assurances pour le e-mag RiskAssur-hebdo (https://www.riskassur-hebdo.com) et témoin de mon époque pour https://notre-siecle.com et https://perelafouine.com.sans oublier notre planète https://terre-futur.com RiskAssur, Notre-Siècle et PèreLaFouine proposent chaque jour de nouveaux articles issus de la rédaction : la vie des sociétés (nominations, acquisitions, accords, …), des tests/présentations de produits, des ouvrages (professionnels, romans, bd, …), … Je peux : - présenter vos produits ou nouveaux ouvrages (il suffit de me les envoyer) - écrire sur des sujets à la demande pour du référencement SEO - publier vos communiqués de presse - Publier vos AAPC - … Une question, une remarque : olivier@franol.fr

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