Le prix rebat les cartes de l’hébergement touristique
Le match entre l’hôtel et la location courte durée reste plus ouvert qu’il n’y paraît. Alors que les plateformes de location se sont imposées dans les habitudes de voyage, une étude YouGov pour Catella montre que leur attractivité demeure fortement dépendante du prix. Dans un contexte marqué par la hausse des tarifs hôteliers, mais aussi par un encadrement plus strict des locations touristiques, les arbitrages des Français apparaissent de plus en plus mobiles.
Selon cette enquête réalisée auprès de 1 007 personnes représentatives de la population française adulte, 34 % des Français choisiraient l’hôtel en cas de hausse des prix des locations courte durée. À cela s’ajoutent 29 % de répondants qui déclarent arbitrer selon les situations. Seuls 10 % resteraient fidèles à la location courte durée quel que soit le niveau de prix. Autrement dit, la location touristique n’est pas toujours un choix de conviction, mais souvent une solution perçue comme plus économique ou plus adaptée à certaines contraintes.
Le renoncement à l’hôtel est également très marqué. Un Français sur deux déclare y avoir déjà renoncé, une proportion qui atteint 59 % en région parisienne et 70 % chez les 25-34 ans. Le prix constitue le premier frein, cité par 32 % des répondants, et par 43 % des jeunes actifs de 25 à 34 ans. Ce résultat traduit une tension plus large sur le pouvoir d’achat, dans laquelle les dépenses de séjour, de loisirs ou de déplacement sont arbitrées avec davantage de prudence.
Cette évolution intervient au moment où les locations courte durée font l’objet d’un encadrement renforcé. La loi Le Meur, en réduisant certains avantages fiscaux et en donnant davantage de moyens d’action aux collectivités, pourrait contribuer à modifier l’équilibre économique du secteur. Près d’un Français sur deux, soit 46 %, estime d’ailleurs que la réglementation des locations courte durée devrait être durcie. Cette attente est particulièrement forte dans le Sud-Ouest et le Sud-Est, où elle atteint 50 %.
Pour les acteurs de l’hôtellerie, cette période de recomposition ouvre des perspectives. L’hôtel conserve des atouts identifiés : il est choisi pour les courts séjours par 33 % des répondants, pour ses prix compétitifs par 32 %, et pour les services inclus par 28 %. Les attentes diffèrent toutefois selon les générations. Les plus de 55 ans privilégient davantage les séjours courts, tandis que les 25-34 ans accordent une importance plus forte au prix et à la disponibilité de l’offre.
L’étude souligne aussi l’acceptabilité croissante des modèles hybrides. La cohabitation entre clientèle de loisirs et clientèle d’affaires dans les hôtels ne gêne pas 46 % des Français, tandis que 13 % y voient même un avantage, notamment en matière d’animation et de services. Cette proportion monte à 26 % chez les 25-34 ans et à 23 % en région parisienne.
L’hébergement touristique entre ainsi dans une phase plus instable, où le prix, la réglementation, la flexibilité et la qualité de service deviennent déterminants. Face à une clientèle attentive au rapport qualité-prix, l’hôtel peut retrouver une place plus centrale, à condition de s’adapter aux nouveaux usages : séjours mixtes, télétravail, longue durée, coworking et besoins professionnels ponctuels. La frontière entre tourisme, travail et mobilité quotidienne devient plus poreuse, obligeant les professionnels de l’hébergement à repenser leurs offres.




