Le démarchage téléphonique est interdit … et pourtant
Depuis le 11 août 2026, le principe est clair : le démarchage téléphonique est interdit lorsqu’un consommateur n’a pas donné au préalable son consentement pour être contacté. Une règle qui devait théoriquement apporter un peu de tranquillité à nos smartphones.
En cette rentrée de septembre, le calme semble effectivement relatif. Les appels paraissent peut-être moins nombreux qu’avant. Mais ils n’ont manifestement pas tous reçu le mémo.
Deux grandes espèces de démarcheurs semblent notamment survivre à la nouvelle réglementation.
La première est désormais numérique. Le téléphone sonne et, parfois, le smartphone prend les devants en affichant « appel indésirable ». Lorsque l’on décroche malgré tout, une voix enregistrée explique très sérieusement qu’elle disposerait de vos relevés d’électricité et souhaite « faire le point » avec vous.
On peut alors se demander à quel moment nos factures d’électricité ont décidé de mener leur propre vie sociale.
Heureusement, ces robots sont parfois plus polis que certains humains. Un « non », un « stop » ou une réponse prévue par le système suffit généralement à mettre fin à la conversation. Quelques secondes plus tard, retour au silence.
Le deuxième cas est plus traditionnel : un véritable interlocuteur décroche.
La conversation commence généralement par quelques phrases suffisamment vagues pour éviter le mot qui fâche : « prospection ». Pourtant, au bout de quelques secondes, il est bien question de fournisseurs, de tarifs ou de contrats d’électricité.
Lorsque l’on fait remarquer à l’interlocuteur que le démarchage téléphonique est désormais interdit sans consentement préalable, la réponse peut devenir intéressante.
« Je ne vous démarche pas. »
Certes.
Il téléphone à quelqu’un qui ne lui a rien demandé pour parler d’un contrat commercial, mais ce ne serait donc pas du démarchage. Une subtilité sémantique qui mériterait peut-être une place dans les prochaines éditions du dictionnaire.
Et lorsque l’on insiste en rappelant qu’il s’agit précisément de prospection commerciale, l’échange peut parfois perdre brutalement son vernis professionnel. Dans mon cas, la discussion s’est achevée par une invitation particulièrement grossière à aller me faire encaisser…, avant que mon interlocuteur ne raccroche.
Une technique commerciale probablement absente des formations consacrées à la relation client.
Depuis août le consentement devient la règle
Depuis le 11 août 2026, un professionnel doit avoir obtenu le consentement préalable du consommateur avant de pouvoir le démarcher par téléphone. Ce consentement doit être libre, clair, spécifique et révocable. C’est également au professionnel de pouvoir démontrer qu’il l’a obtenu.
Une exception existe notamment lorsque l’appel concerne l’exécution d’un contrat déjà en cours et présente un lien avec celui-ci.
Le système Bloctel, qui reposait sur l’inscription préalable du consommateur pour refuser le démarchage, a parallèlement disparu. La logique est désormais inversée : ce n’est plus au particulier de dire qu’il ne veut pas être appelé, mais au professionnel de démontrer qu’il avait le droit de le faire.
Quelques réflexes simples
Face à ces appels, inutile de transformer chaque coup de téléphone en débat juridique.
Le premier conseil est le plus simple : lorsque votre smartphone affiche « appel indésirable » ou « spam », ne pas décrocher reste souvent la méthode la plus efficace.
Si vous répondez, évitez de confirmer des informations personnelles, même lorsque votre interlocuteur semble déjà connaître votre nom, votre adresse ou votre fournisseur d’énergie.
Méfiez-vous également des phrases comme « nous avons votre dossier », « nous avons reçu vos relevés » ou « nous appelons au sujet de votre contrat ». Elles peuvent donner l’impression que l’appelant travaille avec votre fournisseur habituel alors que ce n’est pas nécessairement le cas.
Il est également préférable de ne jamais communiquer par téléphone un numéro de contrat, des coordonnées bancaires, un code reçu par SMS ou toute autre donnée permettant d’accéder à un compte.
Enfin, les smartphones permettent aujourd’hui de bloquer facilement un numéro et certains opérateurs ou applications proposent également des dispositifs de filtrage des appels suspects.
Le démarchage téléphonique n’a donc peut-être pas totalement disparu en cette rentrée 2026. Il semble plutôt être entré dans une nouvelle phase : officiellement interdit sans consentement, mais encore suffisamment présent pour que nos téléphones continuent parfois de nous prévenir avant même que nous ayons décroché.
Finalement, dans ce domaine, l’intelligence la plus utile n’est peut-être pas celle de la voix automatisée qui vous appelle. C’est celle du smartphone qui affiche simplement : « appel indésirable ».



