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Santé mentale et harcèlement scolaire miser sur les compétences psychosociales dès l’enfance

La santé mentale des enfants et le harcèlement scolaire restent deux préoccupations majeures pour les familles comme pour la communauté éducative. Alors que la Journée mondiale de la santé mentale se tient le 10 octobre et que la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire est programmée le 5 novembre, l’association ScholaVie défend une approche fondée sur la prévention et le développement des compétences psychosociales dès l’enfance.

Les données présentées par l’association témoignent de l’ampleur des enjeux. Début septembre 2026, Santé publique France relevait chez les moins de 15 ans un niveau d’angoisse supérieur à celui observé les années précédentes. Les derniers résultats nationaux cités concernant le harcèlement indiquent également que 16,4 % des enfants scolarisés en élémentaire sont considérés comme des victimes probables de harcèlement.

Face à ces difficultés, la question ne consiste donc pas uniquement à détecter les enfants en souffrance. Elle porte également sur les moyens susceptibles d’être mobilisés avant que les situations ne deviennent préoccupantes.

Apprendre à comprendre ses émotions

Les compétences psychosociales, ou CPS, regroupent différentes capacités permettant à l’enfant de mieux se connaître, de comprendre ses émotions, d’interagir avec les autres et de faire face aux situations de la vie quotidienne.

Concrètement, leur apprentissage doit notamment permettre à l’enfant d’identifier et de réguler ses émotions tout en comprenant ce qui les déclenche. Il s’agit également de développer la confiance en soi, d’apprendre à poser ses limites, de prendre des décisions en réfléchissant à leurs conséquences ou encore de communiquer et de coopérer avec les autres.

À cela s’ajoute le développement de l’esprit critique et du discernement, deux aptitudes qui permettent de prendre davantage de recul face à une situation ou une information.

Ces apprentissages ne sont donc pas cantonnés à la seule santé mentale. Ils peuvent intervenir dans la manière dont l’enfant construit ses relations, traverse une difficulté ou réagit face à la pression exercée par son environnement.

Des effets qui dépassent le bien-être individuel

Les éléments scientifiques présentés par ScholaVie mettent en avant les bénéfices potentiels d’une telle démarche. Une méta-analyse publiée en 2023, portant sur 424 études réalisées dans 53 pays et concernant 575 361 élèves, montre que les programmes de développement des compétences psychosociales sont associés à des améliorations des compétences socio-émotionnelles, des comportements et des relations entre pairs.

Des effets sont également relevés sur le climat scolaire et les résultats scolaires.

ScholaVie avance parallèlement les résultats issus de ses propres évaluations. Parmi les professionnels interrogés, 78 % déclarent avoir observé une amélioration du bien-être de leurs élèves, 65 % une amélioration de leurs capacités d’apprentissage et 50 % une amélioration du climat de classe. Ces données proviennent des rapports d’évaluation 2023-2024 et 2024-2025 de l’association.

L’enjeu est ainsi de donner aux enfants des outils utilisables au quotidien plutôt que d’intervenir exclusivement lorsque les difficultés sont déjà installées.

Prévenir le harcèlement avant son installation

Cette logique prend une dimension particulière en matière de harcèlement scolaire. Identifier une situation de harcèlement reste indispensable, mais la prévention peut commencer bien avant.

Vanessa Duchatelle, cofondatrice et directrice générale de ScholaVie, estime que l’enfant doit notamment apprendre à poser ses limites, à demander de l’aide, mais également à soutenir un camarade ou à ne pas participer à son exclusion.

Cette approche concerne donc potentiellement tous les élèves, et pas uniquement l’enfant directement confronté au harcèlement. Elle cherche à agir sur les comportements individuels et sur les relations au sein du groupe. Selon la responsable de l’association, ces réflexes doivent faire l’objet d’un apprentissage.

La prévention repose aussi sur la capacité de l’enfant à reconnaître une situation qui le met en difficulté et à identifier un adulte susceptible de l’aider. Il ne s’agit pas pour autant de faire peser sur lui la responsabilité de son propre bien-être.

ScholaVie rappelle à ce titre que les compétences psychosociales peuvent participer à la prévention mais qu’elles ne remplacent jamais une prise en charge lorsque celle-ci est nécessaire.

Le numérique constitue également un terrain d’apprentissage

La question des compétences psychosociales dépasse le cadre du harcèlement traditionnel et concerne aussi les usages numériques.

Limiter ou interdire certains usages peut constituer un cadre, mais ScholaVie considère que cette approche ne suffit pas à construire l’autonomie des jeunes. L’objectif est aussi de leur permettre de comprendre leurs propres comportements numériques, de les réguler, de résister à la pression du groupe et d’effectuer des choix éclairés.

Cette démarche rejoint un principe plus général : une consigne ne suffit pas nécessairement à créer une compétence. Demander à un enfant de maîtriser sa colère, de supporter une frustration ou de résoudre un conflit ne lui explique pas comment y parvenir. L’apprentissage passe donc par des stratégies concrètes et par la possibilité de les expérimenter.

Faire de la prévention un apprentissage quotidien

Créée en 2019 par Laure Reynaud et Vanessa Duchatelle, ScholaVie place précisément les compétences psychosociales au cœur de son action. L’association intervient notamment en formant les professionnels et en mettant gratuitement à leur disposition des ressources. Elle indique également évaluer l’impact de ses actions avec des partenaires scientifiques.

En six ans, ScholaVie affirme avoir formé 18 600 professionnels et touché plus d’un million de jeunes dans 23 académies. Elle dispose également de six agréments académiques.

Au-delà des dispositifs de prise en charge indispensables lorsque l’enfant rencontre déjà des difficultés, cette approche pose ainsi la question d’une prévention plus précoce. Savoir identifier une émotion, gérer progressivement son stress, poser une limite, prendre du recul face à une situation, solliciter un adulte ou venir en aide à un camarade constituent autant de compétences susceptibles d’être travaillées avant qu’une situation ne se dégrade.

Dans le domaine de la santé mentale comme dans celui du harcèlement scolaire, l’enjeu serait alors de ne plus attendre systématiquement l’apparition des premiers signaux d’alerte pour agir.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de PèreLaFouine sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

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