SLA, l’Institut Charcot accélère le développement d’une nouvelle approche thérapeutique française
L’Institut Charcot franchit une nouvelle étape dans la structuration de la recherche française contre la sclérose latérale amyotrophique, également appelée maladie de Charcot. La biotech française Enemsa Pharma devient la première entreprise à intégrer son parcours de développement thérapeutique, avec l’objectif d’accélérer la préparation d’un essai clinique de phase 2b consacré à l’Icerguastat.
Cette molécule expérimentale se distingue par sa capacité à agir simultanément sur plusieurs mécanismes biologiques associés aux maladies neurodégénératives. Le partenariat doit permettre de rapprocher les résultats obtenus en laboratoire des futurs essais menés auprès des patients, tout en favorisant le développement d’une expertise biomédicale française dans le domaine de la SLA.
Une maladie complexe aux mécanismes multiples
La sclérose latérale amyotrophique est une maladie neurodégénérative grave qui provoque la destruction progressive des neurones moteurs. Ces cellules nerveuses contrôlent notamment les mouvements volontaires, la parole, la déglutition et la respiration.
Au fur et à mesure de la progression de la maladie, les patients perdent leurs capacités motrices. La SLA peut entraîner une paralysie, des difficultés respiratoires majeures puis le décès, généralement dans les trois à cinq années suivant le diagnostic.
La recherche thérapeutique reste particulièrement difficile, car la maladie ne repose pas sur un mécanisme biologique unique. Elle associe plusieurs dysfonctionnements, parmi lesquels la neuroinflammation, le stress oxydatif, les anomalies du métabolisme cellulaire, l’accumulation anormale de protéines ou encore les perturbations du fonctionnement énergétique et mitochondrial.
Cette diversité explique pourquoi une molécule ciblant un seul mécanisme peut ne pas suffire à ralentir significativement l’évolution de la maladie. Les chercheurs s’orientent donc de plus en plus vers des traitements multifonctionnels ou vers des associations de plusieurs thérapies complémentaires.
Icerguastat, une molécule agissant sur plusieurs mécanismes
Développée par Enemsa Pharma, l’Icerguastat a initialement été identifiée pour sa capacité à réguler la réponse des cellules confrontées à différentes formes de stress.
La molécule agit notamment sur le stress oxydatif, un phénomène qui apparaît lorsque les défenses naturelles de l’organisme ne parviennent plus à neutraliser certaines molécules susceptibles d’endommager les cellules. Elle pourrait également contribuer à réduire l’agrégation de protéines anormales et les phénomènes inflammatoires associés à la dégénérescence neuronale.
Selon les éléments présentés par Enemsa Pharma, l’Icerguastat a montré une activité dans plusieurs modèles animaux de maladies neurodégénératives, dont certains modèles de SLA. Les essais de phase 1 et de phase 2a réalisés chez l’être humain auraient confirmé la sécurité du traitement et fait apparaître des résultats considérés comme encourageants sur les plans clinique et biologique.
Ces résultats devront toutefois être confirmés au cours d’essais cliniques plus larges. La prochaine étape envisagée est précisément la préparation d’une étude de phase 2b destinée à mieux évaluer l’efficacité potentielle du traitement, son dosage et ses effets chez les personnes atteintes de SLA.
Une administration par voie orale
L’Icerguastat présente l’avantage de pouvoir être administrée par voie orale. Elle pourrait être utilisée en association avec le riluzole, l’un des traitements actuellement employés dans la prise en charge de la SLA, ou être combinée à d’autres stratégies thérapeutiques.
L’objectif de ces associations est d’agir sur plusieurs composantes de la maladie afin d’augmenter l’efficacité biologique globale du traitement.
La molécule possède également la capacité de franchir la barrière hématoencéphalique. Cette barrière naturelle protège le cerveau et le système nerveux central contre de nombreuses substances présentes dans le sang. Elle constitue cependant un obstacle important pour les médicaments, qui doivent parvenir jusqu’aux cellules nerveuses pour exercer leur action.
La capacité d’une molécule à traverser cette barrière représente donc un enjeu essentiel dans le développement de traitements contre les maladies neurologiques et neurodégénératives.
Un modèle de recherche fondé sur la complémentarité
L’intégration d’Enemsa Pharma au sein de l’Institut Charcot illustre l’évolution des stratégies de recherche contre la SLA. Dans une maladie aussi complexe et hétérogène, il ne s’agit plus uniquement d’identifier une molécule susceptible d’agir sur une cible précise.
Les chercheurs cherchent désormais à comprendre quelles thérapies pourraient fonctionner ensemble, pour quels patients et à quel moment de l’évolution de la maladie.
Cette approche suppose de réunir des données très différentes. Les informations cliniques doivent être croisées avec les données génétiques, moléculaires, cellulaires ou encore issues de l’imagerie médicale. Leur analyse conjointe pourrait permettre de mieux distinguer les différentes formes de SLA et d’identifier des profils de patients susceptibles de répondre à certains traitements.
L’Institut Charcot entend également associer les connaissances scientifiques à l’expérience des patients, des familles et des professionnels de santé. La compréhension de la maladie ne peut en effet se limiter aux résultats obtenus en laboratoire. Elle doit intégrer les conséquences concrètes de la SLA sur l’autonomie, la qualité de vie, la respiration, la nutrition et l’organisation quotidienne.
Un pipeline translationnel dédié à la SLA
Créé en octobre 2025 à l’initiative de l’ARSLA, l’Institut Charcot ambitionne de structurer le premier pipeline translationnel français consacré à la SLA et aux maladies du motoneurone.
La recherche translationnelle vise à réduire la distance entre les découvertes fondamentales et leur application médicale. Elle cherche à transformer plus rapidement une hypothèse scientifique ou une molécule prometteuse en traitement susceptible d’être évalué chez l’être humain.
Le dispositif réunit plusieurs compétences complémentaires, notamment des expertises scientifiques et médicales, des bases de données biologiques, des modèles précliniques, des outils d’intelligence artificielle et des connaissances réglementaires indispensables à la préparation des essais cliniques.
L’Institut souhaite intervenir à différentes étapes du développement thérapeutique, depuis l’identification de nouvelles cibles biologiques jusqu’à la validation préclinique des molécules et à l’organisation des études auprès des patients.
L’entrée d’Enemsa Pharma constitue la première mise en application concrète de ce modèle. Elle doit permettre d’évaluer la capacité de l’Institut à accompagner une biotech dans la poursuite du développement d’un candidat-médicament.
Accélérer les essais cliniques en France
Au-delà de l’enjeu scientifique, ce partenariat présente également une dimension industrielle et stratégique. L’un des objectifs affichés est de renforcer la souveraineté biomédicale française en favorisant le développement national de traitements innovants.
Le dispositif pourrait également faciliter l’organisation d’essais cliniques en France et le recrutement de patients français. Pour les personnes atteintes de SLA, l’accès aux essais constitue souvent un enjeu majeur, dans un contexte où les possibilités thérapeutiques restent limitées.
La multiplication des projets de recherche ne garantit pas qu’un traitement efficace sera rapidement disponible. Elle peut néanmoins accroître les chances d’identifier des approches utiles et de les évaluer dans des délais plus courts.
L’Institut Charcot souhaite également favoriser le repositionnement de molécules déjà utilisées dans d’autres maladies. Cette méthode consiste à étudier si un médicament connu, dont les caractéristiques de sécurité sont déjà partiellement documentées, pourrait présenter un intérêt dans le traitement de la SLA.
Une mobilisation financière désormais nécessaire
Le développement d’un essai clinique de phase 2b exige des moyens scientifiques, humains, réglementaires et financiers considérables. L’Institut Charcot prévoit donc d’engager une stratégie de recherche de financements publics, privés et philanthropiques.
Ces ressources devront notamment permettre de poursuivre l’évaluation de l’Icerguastat, de préparer le protocole de l’étude, de sélectionner les centres participants et d’organiser le suivi des patients.
L’enjeu sera également de garantir une méthodologie suffisamment rigoureuse pour déterminer si les signaux observés au cours des premières phases se traduisent par un bénéfice clinique mesurable.
Pour les chercheurs comme pour les patients, le défi consiste désormais à transformer une molécule prometteuse en véritable option thérapeutique. L’intégration d’Enemsa Pharma au parcours de l’Institut Charcot ne constitue pas encore la preuve de l’efficacité de l’Icerguastat. Elle marque toutefois une étape importante dans la mise en place d’un écosystème français destiné à accélérer l’évaluation des innovations contre la maladie de Charcot.




