Prévention de la pédopornographie en ligne
l’État resserre l’étau autour des plateformes numériques
Face à la recrudescence et à la banalisation de contenus pédopornographiques sur Internet, l’exécutif français renforce sa mobilisation. Ce mardi 27 janvier, la Haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry a réuni à Paris les signaleurs de confiance E-Enfance et Point de contact, acteurs clés de la lutte contre la pédocriminalité en ligne. Une rencontre stratégique, dans un contexte marqué par de récentes révélations sur la mise en vente d’objets à caractère pédopornographique sur certaines plateformes de e-commerce.
Un contexte alarmant et une réaction politique immédiate
Début novembre, plusieurs enquêtes ont mis au jour la présence, sur des places de marché numériques, d’objets explicitement liés à des pratiques pédocriminelles. Ces révélations ont provoqué une vive émotion et mis en lumière les failles persistantes de la modération sur certaines plateformes. Dès le 16 décembre 2025, Sarah El Haïry avait convoqué les principales marketplaces françaises et internationales afin d’exiger des mesures concrètes et immédiates pour renforcer la protection des mineurs en ligne.
La réunion du 27 janvier s’inscrit dans cette dynamique. Elle marque un changement de focale, en plaçant au cœur de la stratégie publique les signaleurs de confiance, maillons essentiels de la chaîne de détection et de suppression des contenus illicites.
Les signaleurs de confiance au cœur du dispositif européen
La Haute-commissaire a rappelé le rôle central reconnu aux signaleurs de confiance par le règlement européen sur les services numériques, plus connu sous le nom de Digital Services Act. Ce texte fondateur impose aux plateformes numériques des obligations renforcées en matière de modération, de transparence et de coopération avec les autorités.
Dans ce cadre, E-Enfance et Point de contact bénéficient d’un statut spécifique. Leurs signalements de contenus pédopornographiques ou mettant en danger des enfants doivent être traités de manière prioritaire et sans délai par les plateformes. Leur action repose sur une expertise reconnue, combinant analyse fine des contenus, qualification juridique et transmission rapide des informations aux autorités compétentes.
Une coopération encore perfectible avec les plateformes
Au cours des échanges, plusieurs sujets structurants ont été abordés. Les signaleurs de confiance ont notamment partagé un état des lieux de leurs relations actuelles avec les plateformes de market-place. Si des progrès ont été réalisés ces dernières années, des disparités importantes subsistent selon les acteurs, tant en termes de réactivité que de qualité des échanges.
La Haute-commissaire a insisté sur la nécessité d’une coopération effective et systématique. La protection des enfants en ligne ne peut reposer sur des engagements volontaires ou des dispositifs fragmentés. Elle exige une application rigoureuse du droit européen et national, ainsi qu’une reconnaissance pleine et entière du rôle des signaleurs de confiance.
Vers des canaux de signalement réellement prioritaires
Parmi les pistes de travail évoquées figure la mise en place de canaux de signalement dédiés et immédiatement opérationnels entre les plateformes et les signaleurs de confiance. L’objectif est clair : réduire au maximum le délai entre l’identification d’un contenu pédocriminel et son retrait effectif.
La réunion a également permis d’aborder le renforcement de la coordination avec les autorités judiciaires, afin de garantir que les signalements ne se traduisent pas uniquement par une suppression de contenus, mais aussi par des poursuites effectives contre les auteurs et les réseaux impliqués.
La responsabilité collective au service de l’intérêt supérieur de l’enfant
Au-delà des acteurs institutionnels et des plateformes, Sarah El Haïry a rappelé que le signalement par tous des contenus illicites constitue un levier essentiel. Citoyens, parents, éducateurs et internautes ont un rôle à jouer pour alerter et contribuer à un espace numérique plus sûr.
« La protection des enfants constitue une priorité absolue. Les objets découverts sur certains sites sont extrêmement choquants et constituent une violation de notre droit pénal. La mobilisation doit être totale », a déclaré la Haute-commissaire, appelant les plateformes à se conformer pleinement à leurs obligations et à déployer sans délai des dispositifs de signalement prioritaires.
Une mobilisation gouvernementale assumée
Cette volonté est partagée au plus haut niveau de l’État. Stéphanie Rist, ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, a souligné que la protection des enfants contre les violences sexuelles, y compris dans l’espace numérique, engage pleinement la responsabilité de l’État. Elle a insisté sur la nécessité d’une mobilisation coordonnée de l’ensemble des acteurs publics et privés, dans le strict respect du droit et de l’intérêt supérieur de l’enfant.
Un enjeu durable pour la régulation du numérique
À travers cette réunion, le Gouvernement réaffirme sa volonté de faire du cadre réglementaire européen un outil concret et opérationnel de protection des mineurs. La lutte contre la pédopornographie en ligne ne saurait se limiter à des déclarations d’intention. Elle suppose des moyens, des procédures claires et une coopération sans faille entre plateformes, signaleurs de confiance et autorités.
Alors que les usages numériques continuent de se développer et que les techniques de contournement évoluent rapidement, l’enjeu est désormais de transformer les obligations juridiques en pratiques effectives. La sécurité des enfants en ligne en dépend, tout comme la crédibilité de la régulation européenne face aux dérives les plus graves du numérique.




