Le mont Blanc culmine désormais à 4 807,47 mètres
Le mont Blanc a gagné 1,88 mètre par rapport à sa précédente mesure officielle de 2023. Sa nouvelle altitude, dévoilée ce mercredi 14 octobre 2026 à Saint-Gervais-Mont-Blanc, atteint 4 807,47 mètres, contre 4 805,59 mètres trois ans auparavant. Ce résultat, établi par les géomètres-experts de Haute-Savoie à l’issue d’une expédition scientifique menée en septembre, illustre les variations de la calotte de neige et de glace qui recouvre le sommet. Au-delà du chiffre, cette quinzième campagne de mesure apporte de nouvelles données pour mieux comprendre l’évolution du massif alpin.
Une altitude qui évolue au fil des années
Pendant plusieurs générations, les écoliers français ont appris que le mont Blanc culminait à 4 807 mètres. Cette référence trouve son origine dans les travaux des cousins Joseph et Henri Vallot, qui avaient entrepris, entre 1892 et 1894, une vaste campagne de relevés et de triangulation du massif. Leurs calculs avaient permis d’établir une altitude de 4 807,20 mètres, avec une précision estimée à environ un demi-mètre.
Plus de 130 ans après ces premières observations, les instruments ont considérablement évolué. Depuis 2001, la Chambre départementale des géomètres-experts de Haute-Savoie organise régulièrement des campagnes de mesure afin de suivre les transformations du sommet.
Les résultats montrent que son altitude n’est pas constante. En 2007, les géomètres avaient enregistré une hauteur de 4 810,90 mètres, soit la valeur la plus élevée de la série. En 2019, le sommet ne culminait plus qu’à 4 806,03 mètres, avant de retrouver 4 807,81 mètres en 2021.
L’année 2023 avait marqué un nouveau point bas avec 4 805,59 mètres. La mesure de 2026 inverse cette évolution récente, sans toutefois retrouver les niveaux observés au milieu des années 2000.
Avec 4 807,47 mètres, le mont Blanc se situe désormais 27 centimètres au-dessus de la référence historique établie par les cousins Vallot.
Une expédition scientifique à plus de 4 800 mètres d’altitude
Pour établir cette nouvelle mesure, une expédition de trois jours a été organisée du 15 au 17 septembre 2026, au départ de Saint-Gervais-Mont-Blanc.
Selon les informations présentées lors de l’annonce officielle, 32 participants, comprenant des géomètres-experts, des guides de haute montagne, des partenaires techniques et un photographe, ont pris part à l’opération. Répartis en 11 cordées, ils ont affronté les contraintes d’une ascension particulièrement exigeante.
Il leur a fallu environ dix heures de montée et franchir 2 500 mètres de dénivelé. À cette difficulté physique s’ajoutait le transport de près de 30 kilogrammes d’équipements scientifiques, en complément du matériel habituel d’alpinisme.
Les conditions météorologiques ont permis aux équipes de travailler pendant deux heures au sommet, dès le lever du soleil du jeudi 17 septembre.
La préparation de cette opération reste essentielle. À une telle altitude, le froid, le vent, les difficultés d’accès et les contraintes de sécurité peuvent compromettre la qualité des observations.
En 2023, les conditions météorologiques avaient notamment réduit le temps disponible pour effectuer les mesures. Cette année, les équipes ont bénéficié de conditions plus favorables.
Des technologies capables de mesurer le sommet au centimètre près
La campagne 2026 repose sur plusieurs technologies complémentaires destinées à déterminer l’altitude du mont Blanc, mais également à mieux connaître la structure de sa calotte sommitale.
Les géomètres-experts ont utilisé des équipements GNSS, systèmes de positionnement par satellites permettant de déterminer très précisément la position des points relevés.
Ces observations ont été complétées par des prises de vues aériennes réalisées à l’aide d’un drone. Plus de 1 300 photographies géoréférencées ont été collectées pour produire une représentation tridimensionnelle du sommet comprenant plus de 15 millions de points.
Cette modélisation permet de visualiser la géométrie de la calotte de neige et de glace et d’en comparer les caractéristiques avec celles des campagnes précédentes.
Les progrès techniques sont considérables. Alors que les travaux des cousins Vallot avaient nécessité deux années de relevés à la fin du XIXe siècle, les équipes actuelles disposent d’instruments permettant d’obtenir des résultats d’une précision de quelques centimètres en seulement quelques heures de mesure au sommet.
La précision annoncée pour les campagnes récentes est comprise entre deux et cinq centimètres.
Pour la première fois des mesures du rocher et de la pesanteur
L’édition 2026 se distingue également par l’introduction de nouvelles méthodes d’observation.
Un géoradar a été utilisé afin de sonder la calotte glaciaire et de recueillir des informations sur son épaisseur ainsi que sur la géométrie du substratum rocheux sous-jacent.
Cette approche doit permettre de mieux distinguer les évolutions de la couverture neigeuse et glaciaire de celles du relief rocheux.
Autre nouveauté importante, l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) a réalisé une première mesure de la pesanteur au sommet du mont Blanc.
Pour cette opération, les scientifiques ont transporté un gravimètre de 5,5 kilogrammes. L’instrument devait rester sous tension pendant près de 72 heures, y compris durant les nuits passées en altitude, afin de préserver sa stabilité thermique et la précision des relevés.
La gravimétrie apporte une information complémentaire aux observations satellitaires. Alors que ces dernières permettent de mesurer les variations de hauteur, l’étude du champ de pesanteur renseigne sur la répartition des masses.
En associant ces données aux relevés de surface et aux observations du substratum rocheux, les scientifiques pourront affiner leurs analyses des transformations du sommet.
Il faudra toutefois poursuivre les mesures et développer des modèles adaptés pour distinguer les différents phénomènes en jeu.
Le réchauffement climatique ne suffit pas à expliquer les variations
La nouvelle altitude du mont Blanc pourrait surprendre dans un contexte marqué par le réchauffement climatique et le recul des glaciers alpins.
Pourtant, une augmentation ponctuelle de la hauteur du sommet ne signifie pas que les effets du changement climatique auraient disparu ou se seraient inversés.
La mesure porte principalement sur la surface de la calotte de neige et de glace qui recouvre le relief rocheux. Or, cette couverture évolue sous l’effet de plusieurs facteurs.
Les précipitations neigeuses, le vent, le transport et la redistribution de la neige, les températures et l’ensoleillement influencent directement la géométrie du sommet.
L’altitude de l’isotherme 0 °C, qui correspond au niveau où la température de l’air atteint le point de congélation, constitue également un indicateur important. Lors de certains épisodes de chaleur exceptionnels, cet isotherme a dépassé les 5 000 mètres dans les Alpes.
Mais les températures ne permettent pas, à elles seules, d’expliquer les variations mesurées.
Les conditions météorologiques des mois précédant une campagne peuvent notamment modifier l’accumulation et la répartition de la neige sur la partie sommitale.
La hausse de 1,88 mètre constatée entre 2023 et 2026 ne doit donc pas être interprétée comme une reconstitution durable de la masse glaciaire.
Les géomètres-experts apportent des observations précises. Il revient désormais aux climatologues, aux glaciologues et aux géodésiens d’exploiter ces informations pour comprendre les mécanismes responsables des variations.
Vingt-cinq années de mesures au service de la connaissance scientifique
Depuis le lancement des campagnes régulières en 2001, les relevés successifs ont progressivement constitué une base de données consacrée à l’évolution du sommet.
Cette continuité représente un intérêt scientifique important. Une mesure isolée renseigne sur une altitude à un instant donné. Une série d’observations permet, en revanche, d’étudier les changements dans le temps et de confronter les résultats aux données météorologiques et glaciologiques.
La campagne 2026 s’inscrit dans cette démarche de long terme.
Elle mobilise plusieurs partenaires techniques et institutionnels, notamment l’Ordre des géomètres-experts, l’Union nationale des géomètres-experts, Leica Geosystems, TERIA, Sogelink, Géofoncier et l’IGN.
Leica Geosystems accompagne notamment les campagnes depuis leur lancement en 2001, en mettant à disposition des technologies de mesure adaptées aux conditions particulières de la haute montagne.
L’IGN intervient pour sa part dans le traitement géodésique des observations et la détermination de l’altitude dans le système de référence français.
Au-delà de la performance technique, l’objectif est de disposer de données fiables, comparables et susceptibles d’être exploitées pendant plusieurs décennies.
Cette démarche contribue à documenter les transformations d’un environnement particulièrement sensible aux évolutions climatiques.
Un sommet qui conserve une part de mystère
Avec une altitude désormais établie à 4 807,47 mètres, le mont Blanc retrouve une partie de la hauteur perdue lors des précédentes campagnes.
Le résultat de 2026 reste cependant inférieur de 3,43 mètres au record de 2007.
Cette nouvelle observation rappelle surtout que le sommet n’est pas une surface figée. Sa couverture neigeuse et glaciaire évolue au rythme de phénomènes météorologiques et physiques complexes.
Les technologies modernes permettent aujourd’hui d’observer ces transformations avec une précision remarquable, sans pour autant fournir immédiatement toutes les explications.
Les données recueillies en septembre 2026 devront être confrontées aux relevés antérieurs, aux conditions climatiques et aux observations glaciologiques.
La prochaine mesure viendra enrichir cette série scientifique commencée il y a un quart de siècle.
Pour les géomètres-experts comme pour les chercheurs, l’enjeu dépasse désormais la simple question de l’altitude du plus haut sommet des Alpes. Il s’agit de conserver une trace objective de ses transformations, afin de mieux comprendre l’évolution de la haute montagne dans les décennies à venir.



