Enfants à la rue : un baromètre qui alerte sur une crise silencieuse
À la veille de la rentrée scolaire 2025, le constat dressé par l’UNICEF France et la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), en partenariat avec le Collectif des Associations pour le Logement (CAL), est accablant : 2 159 enfants, dont 503 de moins de trois ans, ont dormi à la rue faute de solution d’hébergement.
Une situation qui s’aggrave d’année en année
Malgré les engagements pris par le gouvernement en 2022 pour atteindre le « zéro enfant à la rue », les chiffres ne cessent d’augmenter : +6 % en un an, +30 % en trois ans. La grande majorité des familles (79 %) déclarent avoir passé la nuit dehors avant de solliciter le 115. Et ces données ne reflètent qu’une partie de la réalité : elles excluent les mineurs non accompagnés, ainsi que les familles vivant en squats ou bidonvilles.
Des territoires saturés, des vies brisées
La crise touche toutes les régions, particulièrement l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes, l’Occitanie et les Hauts-de-France. Outre-mer, la situation devient dramatique : à La Réunion, plus de 1 000 enfants étaient sans solution en 2024 ; à Mayotte, un tiers de la population vit en habitat précaire, aggravé par le passage des cyclones.
La réalité est brutale : en 2024, 855 personnes sont mortes à la rue, dont 31 enfants. Le nombre de moins de trois ans laissés sans abri progresse encore : +8 % en un an.
Un blocage structurel et politique
Pour les associations, cette crise révèle une défaillance structurelle du droit au logement et à l’hébergement. Deux recours pour « Non-assistance à personnes mal-logées » ont été déposés cette année contre l’État.
« Nous ne pouvons-nous résoudre à voir des enfants dormir à la rue. Les pouvoirs publics doivent réagir », alerte Manuel Domergue, directeur des études de la Fondation pour le Logement.
Une responsabilité budgétaire à venir
À l’approche du Projet de loi de finances 2026, les associations appellent à un plan ambitieux : plus de places d’hébergement adaptées, une programmation pluriannuelle « de la rue au logement » et un effort massif sur le logement social et très social.
« Ce qui manque aujourd’hui, ce n’est pas l’expertise, ni les ressources, mais une volonté politique ferme de mettre fin à l’inacceptable », souligne Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France.
Un enjeu moral et sociétal
Pascal Brice, président de la FAS, conclut : « Ce baromètre est celui des renoncements. Nous ne pouvons pas admettre que des enfants retrouvent la rue le soir après l’école. »
Le sort des enfants à la rue cristallise l’un des grands défis sociaux de la France. À l’heure où s’ouvre le débat budgétaire, la question est désormais claire : la société française choisira-t-elle de transformer ses promesses en actes pour garantir à chaque enfant un toit, ou acceptera-t-elle que l’exclusion devienne une fatalité ?
Méthodologie
OBJECTIF
Informer et alerter sur la situation des enfants et familles sans domicile dans le contexte de la crise installée du logement et de la saturation de l’hébergement.
INFORMATIONS ANALYSÉES
Les demandes d’hébergement faites au 115 et les personnes hébergées.
FOCUS
Sur les enfants et les personnes en famille ayant sollicité le 115 (femmes seules avec enfant(s), hommes seuls avec enfant(s), couples avec enfant(s), groupes d’adultes avec enfant(s)). Un focus sur les territoires ultramarins est réalisé à partir d’autres sources de données.
JOUR ANALYSÉ
Lundi 18 août 2025 – un seul jour.
Rentrée 2022 : 22/08/22. Rentrée 2023 : 21/08/23.
Rentrée 2024 : 19/08/24. Rentrée 2025 : 18/08/25.




