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Écrans, anxiété et perte de motivation, les enseignants alertent sur le mal-être des élèves

Fatigue, irritabilité, troubles du sommeil, difficultés de concentration et perte de confiance en soi semblent désormais faire partie du quotidien d’un nombre croissant d’élèves. Une étude européenne menée par GoStudent auprès de plus de 1 500 parents et enseignants met en évidence une dégradation préoccupante du bien-être scolaire, sur fond d’exposition prolongée aux écrans et de pression académique accrue.

En France, huit enseignants sur dix disent observer des signes de stress et d’anxiété chez leurs élèves. Une proportion similaire constate également une baisse de leur motivation au cours des deux dernières années. Les professionnels de l’éducation établissent notamment un lien entre cette évolution, l’omniprésence des appareils numériques et le manque d’intérêt manifesté pour certaines matières.

Les résultats de l’enquête montrent aussi un décalage important entre la perception des familles et celle des enseignants. Alors que de nombreux parents restent confiants dans les capacités scolaires de leur enfant, les professeurs décrivent des élèves plus dispersés, plus fatigués et parfois moins engagés dans leurs apprentissages.

Le temps d’écran pèse sur les performances scolaires

L’exposition aux écrans constitue l’un des principaux motifs d’inquiétude exprimés par les enseignants. La totalité des professeurs français interrogés affirme constater une différence de performance entre les élèves ayant un temps d’écran élevé et ceux dont l’utilisation des appareils numériques est plus limitée.

Pour 90 % d’entre eux, les réseaux sociaux, les smartphones, les tablettes et les autres équipements connectés ont un effet directement négatif sur la concentration et les résultats scolaires. Les notifications, les vidéos courtes, les jeux et les sollicitations permanentes peuvent rendre plus difficile le maintien de l’attention sur une activité longue, comme la lecture d’un texte, la réalisation d’un exercice ou l’apprentissage d’une leçon.

Cette préoccupation est renforcée par l’importance du temps consacré quotidiennement aux écrans en dehors de l’école. Selon l’étude, 35 % des élèves passent entre trois et six heures par jour sur leurs appareils numériques durant leur temps personnel. La moyenne déclarée atteint 2,3 heures par jour.

Cette durée vient s’ajouter au temps d’écran éventuellement nécessaire pour les activités scolaires, les recherches documentaires ou les devoirs. Elle peut aussi empiéter sur d’autres moments essentiels au développement de l’enfant et de l’adolescent, comme le sommeil, les activités physiques, les échanges familiaux ou les loisirs non numériques.

Pour la moitié des enseignants français interrogés, les distractions numériques et le manque d’intérêt pour les matières constituent les principales causes de démotivation scolaire. La question ne porte donc plus seulement sur le nombre d’heures passées devant un écran, mais aussi sur la nature des contenus consultés et sur la capacité des élèves à retrouver un rythme d’apprentissage moins fragmenté.

Une anxiété scolaire largement observée

Les difficultés relevées ne se limitent pas aux résultats scolaires. Elles touchent également la santé mentale et l’équilibre émotionnel des élèves. Près de 74 % des parents français déclarent que leur enfant ressent du stress en lien avec les devoirs ou les examens. Cette perception rejoint celle des enseignants, puisque 80 % d’entre eux observent des manifestations d’anxiété dans leurs classes.

Les signes rapportés par les familles sont variés. La fatigue concerne 38 % des élèves, l’irritabilité 36 % et les troubles du sommeil 25 %. Ces symptômes peuvent naturellement avoir plusieurs origines, mais leur fréquence révèle une pression qui ne s’arrête pas à la porte de l’établissement scolaire.

Les devoirs, les évaluations et la peur de l’échec peuvent se cumuler avec les comparaisons sociales entretenues par les plateformes numériques. Les élèves sont confrontés à des représentations souvent idéalisées de la réussite, de l’apparence physique ou du mode de vie. Cette exposition permanente peut renforcer le sentiment de ne pas être à la hauteur, aussi bien sur le plan scolaire que personnel.

L’étude indique ainsi que 28 % des élèves sont décrits comme manquant de confiance dans leurs capacités scolaires. Or, ce manque de confiance peut créer un cercle difficile à interrompre. L’élève doute de lui-même, s’investit moins, obtient des résultats inférieurs à ses attentes, puis voit ses inquiétudes se confirmer.

La démotivation ne doit donc pas être automatiquement interprétée comme un manque de volonté. Elle peut également traduire une fatigue profonde, un sentiment de découragement, une anxiété face aux évaluations ou l’impression de ne plus parvenir à suivre le rythme demandé.

Parents et enseignants ne voient pas toujours la même réalité

L’enquête souligne un écart sensible entre le regard des parents et celui des enseignants. Plus de 53 % des parents considèrent que leur enfant se situe au-dessus de la moyenne. Dans le même temps, 80 % des professeurs signalent une baisse significative de la motivation des élèves au cours des deux dernières années.

Cette différence de perception ne signifie pas nécessairement que les familles ignorent les difficultés. Elle peut s’expliquer par le fait que les comportements observés à la maison ne sont pas toujours les mêmes qu’en classe. Un enfant peut sembler à l’aise dans son environnement familial tout en éprouvant des difficultés de concentration, de participation ou d’organisation à l’école.

Les parents se montrent d’ailleurs conscients de certaines menaces. Ils sont 61 % à s’inquiéter de la pression exercée par les réseaux sociaux et les influenceurs sur leur enfant. Pourtant, les usages numériques quotidiens peuvent rester difficiles à évaluer précisément, notamment lorsque plusieurs appareils sont utilisés successivement ou lorsque le téléphone accompagne l’élève tout au long de la journée.

Ce décalage entre la sphère familiale et la réalité scolaire souligne la nécessité d’un dialogue plus régulier entre les familles, les enseignants et les élèves. La gestion des écrans, la motivation et le stress scolaire ne peuvent être traités séparément. Ces questions sont étroitement liées et nécessitent des réponses cohérentes dans les différents lieux de vie de l’enfant.

Le soutien scolaire attendu sur le terrain émotionnel

Face à ces difficultés, le recours au soutien scolaire progresse et ses missions évoluent. En France, près de 60 % des familles ont déjà recours à un professeur particulier ou envisagent de le faire.

L’objectif ne se limite plus à améliorer une moyenne, préparer un examen ou combler une lacune dans une matière. Les parents attendent également du soutien scolaire qu’il aide leur enfant à reprendre confiance, à mieux organiser son travail et à retrouver un rapport plus serein aux apprentissages.

Le professeur particulier peut bénéficier d’un cadre différent de celui de la classe. L’accompagnement individualisé lui permet d’adapter le rythme, de revenir sur les notions mal comprises et de valoriser les progrès, y compris lorsqu’ils sont modestes. Il peut aussi offrir un espace dans lequel l’élève se sent davantage autorisé à poser des questions ou à reconnaître ses difficultés.

Ce rôle ne remplace ni celui de l’enseignant, ni celui de la famille, ni celui d’un professionnel de santé lorsqu’un trouble anxieux ou un mal-être important est identifié. Il peut toutefois constituer un relais utile entre les différents acteurs qui accompagnent l’enfant.

Felix Ohswald, cofondateur et dirigeant de GoStudent, estime que les systèmes éducatifs européens se trouvent à un moment déterminant. Selon lui, les élèves font face à une combinaison de pressions liées à la connectivité numérique, aux exigences scolaires et aux comparaisons sociales en ligne. Il appelle à une mobilisation collective afin d’apporter aux enfants un soutien à la fois académique et émotionnel.

Retrouver un équilibre entre numérique et apprentissages

Les résultats de l’étude ne conduisent pas à rejeter tous les usages numériques. Les outils connectés peuvent faciliter l’accès aux connaissances, diversifier les méthodes pédagogiques et permettre un accompagnement personnalisé. Le problème réside davantage dans l’accumulation des usages, l’absence de limites et la place prise par les écrans dans les moments normalement consacrés au repos, à la concentration ou aux interactions directes.

La réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur des interdictions. Elle suppose d’apprendre aux élèves à gérer leur attention, à identifier les mécanismes de captation utilisés par certaines plateformes et à distinguer les usages utiles des consommations numériques automatiques.

Les familles peuvent également jouer un rôle en instaurant des périodes sans téléphone, notamment pendant les devoirs, les repas et avant le coucher. À l’école, la prévention peut passer par une meilleure sensibilisation aux effets de la surexposition, mais aussi par une prise en compte plus systématique du stress et du manque de confiance.

Les chiffres présentés dessinent finalement une situation dans laquelle la réussite scolaire ne peut plus être dissociée du bien-être psychologique. Un élève épuisé, anxieux ou constamment distrait peut difficilement mobiliser pleinement ses capacités. La question des écrans dépasse ainsi largement le débat sur la discipline ou le temps passé en ligne. Elle concerne l’équilibre général des enfants, leur santé mentale et leur capacité à retrouver le goût d’apprendre.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de PèreLaFouine sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

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