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DMLA : un implant rétinien français redonne l’espoir de lire et de voir à des patients âgés

Une maladie redoutable et sans traitement curatif

La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) est aujourd’hui la première cause de cécité dans le monde industrialisé. Elle touche environ un tiers des personnes de plus de 75 ans. Cette affection neurodégénérative, qui détruit la macula – la zone centrale de la rétine permettant la vision fine –, prive progressivement les patients de leur capacité à lire, reconnaître des visages ou conduire, tout en conservant une vision périphérique floue.

Deux formes de DMLA sont connues : la forme humide, ou néovasculaire, pour laquelle il existe des traitements par injections intraoculaires, et la forme sèche ou atrophique, qui représente environ 40 % des cas avancés et ne bénéficie encore d’aucun traitement efficace. C’est pour cette dernière forme que les chercheurs de l’Institut de la vision(Inserm, CNRS, Sorbonne Université), de la Fondation Adolphe de Rothschild, de l’Hôpital national des Quinze-Vingts, en collaboration avec l’université Stanford et la société Science Corporation, ont mis au point une innovation spectaculaire : le système de neurostimulation Prima.

Un espoir technologique : le système Prima

Le système Prima, développé sous la direction de Daniel Palanker à Stanford, repose sur une approche totalement nouvelle. Il court-circuite les cellules photoréceptrices détruites par la maladie pour restaurer la transmission de l’image au cerveau.

L’implant se présente sous la forme d’une micro-puce photovoltaïque de 2 mm sur 2 et de 30 microns d’épaisseur, comprenant 378 électrodes. Inséré chirurgicalement sous la rétine, il reçoit les signaux lumineux transmis par une paire de lunettes à réalité augmentée. Ces lunettes, équipées d’une caméra miniature, capturent l’environnement visuel du patient. Les images sont traitées par un ordinateur de poche qui améliore contraste, luminosité et grossissement (jusqu’à x12), puis les convertit en faisceaux de rayons infrarouges projetés sur l’implant.

L’implant capte ces rayons et stimule électriquement les neurones rétiniens encore fonctionnels, transmettant ainsi des signaux au cerveau via les voies visuelles naturelles. L’énergie nécessaire est fournie directement par le faisceau infrarouge, sans fil ni batterie, assurant un fonctionnement autonome.

Une étude clinique européenne d’envergure

Après une première étude pilote concluante menée à Paris sur cinq patients, une nouvelle étude clinique multicentriquea été conduite sur 38 patients atteints de DMLA atrophique avancée, répartis dans 17 centres de cinq pays européens, dont plusieurs en France. L’âge moyen des participants était de 78,9 ans, tous présentant une acuité visuelle très altérée, presque incapable de distinguer les lettres sur un tableau optométrique (score logMAR ≥ 1,2).

L’évaluation de la vision a été effectuée à six et douze mois après implantation. Les résultats, publiés dans le prestigieux New England Journal of Medicine, marquent une avancée majeure dans la restauration visuelle.

Des résultats spectaculaires : 80 % de patients retrouvent la lecture

Sur les 32 participants ayant achevé l’étude, 81 % ont présenté une amélioration significative de leur acuité visuelle, avec un gain d’au moins 0,2 logMAR, soit la capacité de lire 10 lettres supplémentaires sur les tableaux de vision.

Encore plus frappant : 78 % ont amélioré leur vision de 0,3 logMAR (au moins 15 lettres de plus), et un patient a atteint un gain exceptionnel de 1,18 logMAR, soit 59 lettres supplémentaires. Ces progrès ont été observés uniquement lors de l’utilisation des lunettes Prima, confirmant que la stimulation visuelle provenait bien du système.

À douze mois, 84 % des patients rapportaient pouvoir lire des lettres, des chiffres et des mots à domicile, une prouesse jugée inimaginable jusqu’ici pour des personnes ayant perdu toute vision centrale. L’implant permet ainsi de redonner une autonomie visuelle fonctionnelle, sans altérer la vision périphérique restante.

Sécurité et tolérance : des effets maîtrisés

Comme tout dispositif médical implantable, Prima présente certains risques. L’étude a recensé 26 événements indésirables graves chez 19 participants, tous prévus dans l’analyse initiale des risques. Il s’agissait principalement d’hypertension oculaire, de décollements de rétine ou d’hémorragies sous-rétiniennes. La majorité de ces complications sont survenues dans les deux premiers mois post-opératoires et 95 % ont été résolues rapidement, spontanément ou par traitement médical.

Les chercheurs considèrent donc la tolérance du système comme globalement bonne. Un suivi prolongé jusqu’à 36 mois est en cours afin de confirmer la durabilité de l’amélioration visuelle et la stabilité du dispositif.

Une révolution dans le traitement de la cécité liée à la DMLA

Selon le Pr José-Alain Sahel, ophtalmologiste mondialement reconnu et coordinateur de l’étude :

« Le bénéfice observé s’est révélé largement supérieur aux effets indésirables. Pour la première fois, un système permet à des patients ayant perdu la vision centrale de lire des mots, voire des phrases, tout en préservant leur vision périphérique. »

Ce résultat place le système Prima en tête des innovations mondiales en ophtalmologie. Jusqu’ici, d’autres implants sous-rétiniens ou prothèses visuelles n’avaient permis qu’une perception très rudimentaire de formes et de contrastes.

L’approche française et européenne démontre qu’une collaboration interdisciplinaire entre ingénierie, neurosciences et médecine clinique peut aboutir à des résultats concrets pour des maladies considérées comme incurables.

Une lueur d’avenir pour des millions de patients

L’enjeu de cette technologie dépasse la DMLA. Le succès de Prima ouvre la voie à une nouvelle génération d’implants neuronaux capables de compenser la perte de neurones sensoriels, que ce soit dans la vision, l’audition ou d’autres fonctions cognitives.

À terme, cette innovation pourrait être miniaturisée, perfectionnée et industrialisée pour un usage plus large. Des essais complémentaires sont déjà en préparation pour affiner la stimulation lumineuse et améliorer la définition des images perçues.

En attendant, cette avancée majeure redonne espoir à des millions de personnes âgées qui, jusque-là, voyaient leur univers s’éteindre. Si la DMLA ne peut encore être guérie, elle n’est plus une fatalité : la science française et européenne vient de prouver que la lumière, même artificielle, peut rallumer le regard.

L’avenir de la vision artificielle est en marche. Grâce à des technologies comme Prima, la neuro-ophtalmologie entre dans une ère réparatrice, où la cécité liée à la dégénérescence neuronale pourrait un jour être entièrement compensée. Si les résultats à long terme confirment la stabilité et la sécurité du dispositif, la DMLA atrophique pourrait devenir la première pathologie visuelle à bénéficier d’une restauration fonctionnelle durable, transformant radicalement la vie des patients et l’histoire de la médecine oculaire.

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