les Français restent attachés à leur voiture
La voiture demeure un élément essentiel du quotidien des Français, mais son coût, les disparités territoriales et les évolutions technologiques modifient progressivement les comportements. Selon une enquête Ipsos bva réalisée pour le Mondial de l’Auto 2026, 94 % des Français associent toujours l’automobile à la liberté et à l’autonomie, tandis que 81 % déclarent ne pas pouvoir s’en passer. Pourtant, entre l’augmentation des dépenses automobiles, les hésitations face à l’électrique et les attentes en matière de sécurité, les automobilistes privilégient désormais des choix largement guidés par leurs contraintes financières
Méthodologie : Enquête Ipsos bva réalisée en mai 2026 sur un échantillon national représentatif de 1000 français âgés de 18 ans et plus issu d’Ipsos Knowledge Panel. Ipsos KnowledgePanel est le panel propriétaire d’Ipsos, recruté selon une méthode probabiliste afin de garantir une représentation fidèle de la population et de produire des insights fiables et projectables.
Présentée à l’occasion du Mondial de l’Auto, qui a ouvert ses portes le 12 octobre 2026, cette étude met en évidence une relation à l’automobile qui demeure forte, mais qui varie sensiblement selon les territoires, les générations et les moyens économiques.
Une dépendance à la voiture qui reste profondément territoriale
L’un des principaux enseignements de l’enquête concerne les différences entre l’Île-de-France et les autres régions françaises. En dehors de la région parisienne, l’automobile conserve une place déterminante dans les déplacements quotidiens, notamment pour rejoindre son lieu de travail, accéder aux commerces ou bénéficier de certains services.
Dans le Nord-Ouest, 97 % des habitants utilisent régulièrement leur voiture et 75 % la considèrent comme essentielle. Les déplacements domicile-travail représentent 36 % des usages, contre 29 % au niveau national. Cette dépendance favorise une approche pragmatique de l’achat automobile, avec une préférence encore marquée pour les motorisations thermiques.
Le Sud-Ouest affiche une dépendance particulièrement élevée. Dans cette partie du territoire, 99 % des habitants utilisent régulièrement une voiture, 89 % estiment ne pas pouvoir s’en passer et 87 % la jugent essentielle. L’automobile apparaît avant tout comme une nécessité pratique, davantage que comme un symbole de réussite sociale.
Le Nord-Est présente un profil différent. Si la voiture y reste indispensable, elle conserve également une dimension affective importante. Ainsi, 61 % des habitants déclarent avoir déjà ressenti un attachement sentimental envers un véhicule, contre 53 % au niveau national. Par ailleurs, 55 % y voient un marqueur d’accomplissement social, contre 45 % pour l’ensemble des Français.
Dans le Sud-Est, 95 % des habitants utilisent régulièrement leur automobile et 84 % déclarent ne pas pouvoir s’en passer. L’intérêt pour les innovations et la découverte de nouveaux modèles y demeure également significatif.
À l’inverse, l’Île-de-France se distingue par un recours plus important aux transports collectifs. Seuls 56 % des Franciliens considèrent la voiture comme essentielle et 38 % déclarent pouvoir s’en passer. Un foyer francilien sur cinq ne possède aucun véhicule, contre un sur dix à l’échelle nationale.
Ces écarts montrent que les politiques de mobilité et les évolutions du marché automobile ne produisent pas les mêmes effets selon les territoires. Là où les solutions alternatives sont limitées, la possession d’une voiture reste une contrainte difficilement évitable.
Le prix et la sécurité deviennent déterminants dans les décisions d’achat
Dans un contexte de hausse des prix des véhicules et des carburants, les automobilistes accordent une attention particulière aux dépenses liées à leur mobilité.
Selon Ipsos bva, la sécurité constitue le premier critère d’achat, cité par 93 % des répondants. Elle devance légèrement le coût à l’usage, jugé important par 91 % des Français. Le confort intérieur arrive ensuite avec 88 %, tandis que le niveau d’équipement recueille 65 %.
Les performances et les considérations écologiques obtiennent chacune 62 %.
Ces résultats traduisent une évolution des priorités. Au-delà de l’image de marque ou des caractéristiques techniques, les automobilistes recherchent un véhicule capable de répondre à leurs besoins quotidiens tout en limitant les dépenses.
Les attentes diffèrent également selon le sexe. La sécurité est considérée comme prioritaire par 96 % des femmes, contre 89 % des hommes. Ces derniers manifestent davantage d’intérêt pour les véhicules haut de gamme, avec 63 % qui envisageraient un tel achat, contre 48 % des femmes.
La question du pouvoir d’achat apparaît ainsi centrale dans les arbitrages automobiles. Le prix d’acquisition ne constitue plus le seul élément pris en compte. Les dépenses de carburant ou d’électricité, l’entretien et, plus largement, le coût de possession du véhicule participent à la décision.
Voiture électrique un intérêt réel mais des intentions d’achat limitées
La transition vers les motorisations électriques illustre particulièrement les contradictions entre aspirations et possibilités financières.
L’enquête révèle que 53 % des Français expriment le souhait de posséder un véhicule entièrement électrique. Pourtant, seuls 19 % prévoient réellement d’en acheter un.
Cet écart de 34 points souligne les difficultés rencontrées par les constructeurs pour transformer l’intérêt des consommateurs en décisions d’achat.
Le prix reste un obstacle majeur. Lorsqu’il leur est proposé d’envisager un petit véhicule électrique urbain disposant d’équipements limités, 44 % des Français se déclarent prêts à l’acheter à 8 000 euros.
Cette proportion tombe à 36 % pour un prix de 10 000 euros, puis à 28 % à 12 000 euros. À 15 000 euros, seuls 13 % restent intéressés, et ils ne sont plus que 5 % lorsque le tarif atteint 17 000 euros.
Cette sensibilité aux prix confirme que l’accessibilité financière demeure un enjeu déterminant pour accélérer la diffusion des véhicules électriques.
À cette difficulté s’ajoute celle des infrastructures. Plus d’un automobiliste sur deux, soit 52 %, estime que le réseau public de bornes de recharge reste insuffisant pour répondre aux besoins de mobilité.
Les différences générationnelles sont également importantes. Parmi les 16-24 ans, 84 % rêvent d’un véhicule haut de gamme, mais seulement 47 % se déclarent attirés par l’électrique. Dans cette tranche d’âge, 54 % envisagent l’achat d’un véhicule thermique, alors que 77 % se tournent vers le marché de l’occasion.
Les disparités territoriales se retrouvent dans les projets d’achat. En Île-de-France, les motorisations hybrides recueillent 57 % des intentions, contre 39 % au niveau national. À l’inverse, les habitants du Nord-Ouest restent davantage orientés vers le thermique.
Les automobilistes favorables aux aides à la conduite mais réservés sur l’autonomie complète
Les nouvelles technologies embarquées constituent un autre enseignement important de l’étude.
Les Français se montrent largement favorables aux équipements qui facilitent la conduite, améliorent le confort ou contribuent à réduire les contraintes quotidiennes.
La connexion du smartphone au système multimédia du véhicule, notamment avec Android Auto ou Apple CarPlay, suscite l’intérêt de 73 % des personnes interrogées. Le régulateur de vitesse adaptatif arrive juste derrière avec 72 %.
D’autres dispositifs rencontrent un accueil favorable, comme le stationnement mémorisé, qui intéresse 55 % des répondants, ou la conduite à une seule pédale, citée par 48 %.
En revanche, les technologies qui réduisent davantage l’intervention humaine suscitent plus de réserves.
Les commandes vocales reposant sur l’intelligence artificielle intéressent 38 % des Français, tandis que le stationnement télécommandé depuis un smartphone recueille 36 % d’opinions favorables.
La voiture entièrement autonome arrive en dernière position, avec seulement 34 % d’intérêt.
Les réticences sont particulièrement importantes parmi les personnes de plus de 55 ans, dont seulement 25 % se déclarent intéressées par cette technologie. Les jeunes de 16 à 24 ans sont davantage ouverts à cette perspective, avec un taux d’intérêt de 51 %.
Ces résultats montrent que les automobilistes souhaitent bénéficier des progrès technologiques sans nécessairement abandonner la maîtrise de leur véhicule.
Cette préférence pour une assistance plutôt qu’une automatisation complète traduit aussi l’importance accordée au plaisir de conduire et au sentiment de contrôle.
Une transformation du marché automobile qui devra tenir compte des réalités économiques
L’étude Ipsos bva souligne finalement la complexité des transformations engagées dans le secteur automobile.
D’un côté, les consommateurs manifestent un intérêt réel pour les nouvelles motorisations et les équipements technologiques. De l’autre, ils restent attachés à des critères très concrets, au premier rang desquels figurent la sécurité, le coût d’utilisation et la possibilité de conserver la maîtrise de leur véhicule.
Pour les constructeurs, ces résultats mettent en évidence plusieurs défis. Le développement de modèles électriques financièrement accessibles apparaît essentiel pour élargir leur clientèle. L’amélioration des infrastructures de recharge constitue également un facteur important pour rassurer les acheteurs potentiels.
La diversité des situations territoriales impose par ailleurs de tenir compte des besoins spécifiques des automobilistes, notamment dans les zones où la voiture demeure indispensable.
Pour les acteurs de l’assurance automobile, ces évolutions présentent également un intérêt. La diversification des motorisations, la diffusion des aides à la conduite et le développement progressif de l’automatisation sont autant de transformations susceptibles de faire évoluer les caractéristiques des véhicules assurés et les besoins de couverture. L’enquête ne mesure toutefois pas directement leurs conséquences sur la sinistralité ou les primes d’assurance.
À l’occasion du Mondial de l’Auto 2026, une tendance se confirme : les Français ne semblent pas prêts à renoncer à leur voiture, mais ils attendent des constructeurs des réponses adaptées à leurs contraintes économiques et à leurs usages.
L’avenir de l’automobile ne dépendra donc pas uniquement des innovations proposées. Il reposera également sur leur accessibilité et leur capacité à répondre aux besoins quotidiens d’une population dont les habitudes de déplacement restent profondément contrastées.




