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Vous avez deux jours pour annuler votre commande

Une commande inconnue, un montant suffisamment élevé pour inquiéter et seulement quarante-huit heures pour réagir. Depuis plusieurs semaines, une campagne d’hameçonnage usurpant l’identité d’Amazon et de Prime Video tente de pousser les internautes à agir dans l’urgence.

Le scénario est particulièrement efficace parce qu’il ne promet rien. Contrairement aux traditionnels courriels annonçant un cadeau, un remboursement ou un lot exceptionnel, celui-ci utilise la peur de perdre de l’argent.

Le destinataire reçoit un message lui annonçant que sa période d’essai Prime Video serait arrivée à expiration et qu’un abonnement payant aurait été automatiquement renouvelé. Une somme importante doit alors être prélevée. Pour éviter le débit, il suffirait de cliquer sur un bouton permettant prétendument d’annuler la commande.

Et surtout, il faut se dépêcher : le message affirme que le destinataire ne dispose que de deux jours pour agir.

C’est précisément le piège.

Des montants qui changent d’un message à l’autre

Les campagnes ne sont pas toutes identiques. En juin 2026, une variante repérée en France annonçait notamment un renouvellement Prime Video de 69,90 euros.

Fin août, une nouvelle version a été signalée avec un montant beaucoup plus élevé : 269,90 euros pour un prétendu abonnement « Prime Family » de douze mois incluant différents services.

D’autres montants peuvent évidemment être utilisés. C’est même l’un des principes de ces campagnes de phishing : modifier régulièrement le texte, le prix, l’adresse d’expédition ou l’objet du message pour contourner les systèmes de filtrage et renouveler le piège.

L’apparence, elle, reste familière.

Logo Amazon, présentation d’une facture, référence de commande, montant de TVA, moyen de paiement supposé, nom du service… Tout est fait pour donner au courriel l’apparence d’un véritable message commercial.

Dans certains cas, le message peut même contenir des informations personnelles exactes.

Cela ne prouve absolument pas qu’il provient d’Amazon.

Une arnaque qui s’appuie d’abord sur la peur

Le mécanisme psychologique est simple.

Imaginez recevoir, le matin en consultant vos courriels, une facture de 150, 200 ou 270 euros pour une commande que vous n’avez jamais passée.

Le premier réflexe n’est pas nécessairement d’étudier minutieusement l’adresse de l’expéditeur ou le nom de domaine du lien proposé.

Il est de penser : « Je dois annuler immédiatement ».

Les escrocs utilisent précisément cette réaction.

L’injonction « vous avez deux jours pour annuler votre commande » crée artificiellement une urgence. Plus le consommateur agit rapidement, moins il prend le temps de vérifier ce qui lui est présenté.

Le bouton « Annuler », « Annuler ma souscription » ou une formulation similaire devient alors la véritable porte d’entrée de l’arnaque.

Le bouton d’annulation conduit vers le piège

Dans une campagne identifiée fin août, le bouton contenu dans le faux courrier électronique renvoyait vers un site extérieur qui n’appartenait pas à Amazon.

La page pouvait ensuite reproduire l’apparence d’une interface Amazon et demander différentes informations : identifiants de connexion, coordonnées personnelles ou données bancaires.

L’objectif réel n’est donc évidemment pas d’annuler un abonnement.

Il consiste à récupérer des informations utilisables par les fraudeurs.

Cybermalveillance.gouv.fr décrit depuis plusieurs années exactement ce type d’escroquerie : un message confirme une commande que le destinataire n’a jamais réalisée, puis lui propose de l’annuler. Le lien mène ensuite vers un faux site destiné notamment à récupérer des informations personnelles ou les coordonnées d’une carte bancaire.

Le procédé peut également prendre une autre forme. Au lieu d’un lien, certains messages invitent la victime à appeler un prétendu service clientèle. L’objectif est alors de faire entrer la victime en contact directement avec les fraudeurs.

Amazon est une cible idéale

Ce type d’escroquerie fonctionne particulièrement bien avec les grandes plateformes.

Des millions de personnes utilisent Amazon. Beaucoup possèdent également un abonnement Prime ou utilisent Prime Video.

Recevoir un message évoquant ces services ne paraît donc pas totalement incongru, même lorsque l’on ne se souvient pas avoir effectué l’achat concerné.

Les statistiques de Cybermalveillance.gouv.fr montrent d’ailleurs que le phénomène n’est pas marginal.

Dans son bilan portant sur 2025, la plateforme gouvernementale indique que la fausse confirmation de commande a été nettement plus présente qu’au cours des années précédentes. Elle signale notamment d’importantes campagnes de courriels frauduleux reproduisant les couleurs d’Amazon.

Certaines étaient même personnalisées avec des informations personnelles et bancaires concernant leurs destinataires, probablement issues de violations de données antérieures.

Le phishing reste plus généralement l’une des principales menaces rencontrées par les particuliers. En 2025, il représentait environ un tiers des demandes d’assistance enregistrées par Cybermalveillance.gouv.fr, tous publics confondus.

Prime Video n’est qu’un prétexte parmi d’autres

L’arnaque au prétendu abonnement Prime Video appartient en réalité à une famille beaucoup plus vaste.

La fausse commande peut concerner Amazon, mais également une enseigne d’électroménager, une plateforme de paiement, un opérateur de télécommunications ou un service de livraison.

Les variantes sont innombrables :

une télévision ou un smartphone prétendument commandé ;

un abonnement arrivé à expiration ;

un renouvellement automatique d’un service ;

une livraison qu’il faudrait confirmer ;

un paiement PayPal inconnu ;

un colis nécessitant quelques euros de frais supplémentaires ;

un remboursement qui attendrait les coordonnées bancaires du destinataire.

Le décor change, le mécanisme reste pratiquement identique.

Il faut créer une émotion suffisamment forte pour provoquer un clic.

Avec la fausse commande, ce n’est pas la cupidité qui est exploitée, mais la peur de voir son compte bancaire débité.

Le bon réflexe : ne jamais annuler depuis le courriel

Lorsqu’un message annonce une commande inconnue, il existe une méthode extrêmement simple pour lever le doute.

Ne pas utiliser le lien contenu dans le message.

Il suffit d’ouvrir soi-même l’application Amazon ou de saisir directement l’adresse du site dans son navigateur, puis de consulter son compte et l’historique de ses commandes et abonnements.

Si la commande annoncée n’apparaît nulle part, le courriel reçu n’a évidemment aucune raison de servir d’intermédiaire.

Amazon recommande lui-même, lorsqu’un message paraît suspect, de se rendre directement sur son site plutôt que de suivre les liens présents dans le courriel.

Il faut également examiner attentivement l’adresse complète de l’expéditeur et, sur ordinateur, regarder la destination réelle du lien avant toute action.

Une présentation graphique impeccable n’est plus un gage de sécurité. Copier un logo, une police de caractères ou la présentation d’une facture est aujourd’hui extrêmement facile.

Vous avez cliqué : tout dépend de ce que vous avez fait ensuite

Cliquer sur un lien frauduleux n’a pas nécessairement les mêmes conséquences que transmettre ses informations.

Si aucune donnée n’a été saisie et aucun fichier téléchargé, il faut fermer la page et rester vigilant.

Si les identifiants Amazon ont été communiqués, il convient de modifier rapidement le mot de passe du compte, de préférence en passant directement par le véritable site Amazon, et de vérifier les paramètres de sécurité ainsi que les éventuelles activités inhabituelles.

Si le même mot de passe est utilisé sur d’autres services, il doit également être changé sur ceux-ci.

La situation devient plus urgente lorsque les coordonnées d’une carte bancaire ont été transmises. Il faut alors contacter rapidement l’établissement bancaire afin de déterminer les mesures nécessaires et surveiller les opérations réalisées sur le compte.

Une règle pourrait éviter une grande partie de ces arnaques

Le développement du commerce en ligne nous a habitués à recevoir continuellement des messages concernant nos commandes, nos abonnements et nos livraisons.

Les escrocs utilisent désormais cette routine contre les consommateurs.

Une règle extrêmement simple permet pourtant d’éliminer une grande partie du risque :

lorsqu’un courriel annonce un problème concernant un compte, une commande ou un paiement, ne pas régler le problème depuis le courriel.

On ferme le message.

On ouvre directement le site ou l’application officielle.

Et on vérifie.

Un véritable prélèvement ou une véritable commande apparaîtra dans l’espace client. Le faux message, lui, perd immédiatement une grande partie de son pouvoir.

La formule « Vous avez deux jours pour annuler votre commande » est donc moins une information qu’une technique de manipulation.

Lorsqu’un inconnu vous demande de prendre une décision financière immédiatement, la meilleure réponse est souvent exactement l’inverse : ne rien faire dans l’urgence.

Olivier Kauf

Consultant depuis plus de 30 ans, Je suis depuis une dizaine d'années journaliste, professionnel dans le domaine des risques et des assurances pour le e-mag RiskAssur-hebdo (https://www.riskassur-hebdo.com) et témoin de mon époque pour https://notre-siecle.com et https://perelafouine.com.sans oublier notre planète https://terre-futur.com RiskAssur, Notre-Siècle et PèreLaFouine proposent chaque jour de nouveaux articles issus de la rédaction : la vie des sociétés (nominations, acquisitions, accords, …), des tests/présentations de produits, des ouvrages (professionnels, romans, bd, …), … Je peux : - présenter vos produits ou nouveaux ouvrages (il suffit de me les envoyer) - écrire sur des sujets à la demande pour du référencement SEO - publier vos communiqués de presse - Publier vos AAPC - … Une question, une remarque : olivier@franol.fr

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