ActualitésInformationsOrganisation

Vaut-il mieux avoir des regrets ou des remords ?

Il existe deux grandes façons de gâcher tranquillement une soirée. La première consiste à penser à ce que l’on n’a pas fait. La seconde consiste à repenser à ce que l’on a fait. Dans un cas, on nourrit des regrets. Dans l’autre, des remords. Le cerveau humain, qui déteste rester inoccupé, sait parfaitement alterner les deux.

Le regret arrive souvent habillé avec élégance. Il parle doucement. Il dit : « Tu aurais peut-être dû accepter ce poste, partir dans cette ville, rappeler cette personne, acheter cette maison, apprendre le piano, ou commander le dessert. » Il ne condamne pas vraiment. Il suggère. Il organise une petite projection privée d’une vie parallèle où tout se serait évidemment mieux passé.

Dans cette existence imaginaire, nous avons pris les bonnes décisions, rencontré les bonnes personnes et évité les mauvaises coupes de cheveux. Nous sommes plus riches, plus minces, plus audacieux et probablement propriétaires d’une maison face à la mer, sans humidité ni travaux de toiture.

Le remords, lui, est moins raffiné. Il entre sans frapper, s’assoit dans la cuisine et déclare : « Tu te souviens de ce que tu as fait en 2008 ? » On ne se souvenait de rien, mais grâce à lui, tout revient. Le ton employé, la phrase maladroite, la trahison, le mensonge, ou ce jour où l’on a repris deux fois du gratin alors qu’il n’en restait presque plus pour les autres.

Le regret concerne généralement une occasion manquée. Le remords concerne une action que l’on aurait préféré éviter. Le premier dit : « Pourquoi n’ai-je pas osé ? » Le second demande : « Pourquoi ai-je osé ? »

Entre les deux, le choix semble simple. Mieux vaudrait regretter de ne pas avoir agi que se reprocher d’avoir blessé quelqu’un. Pourtant, la réalité est moins confortable. Une vie sans remords peut être une vie d’une prudence parfaite, passée à ne rien tenter, ne rien risquer et ne jamais répondre à un message après 22 heures. Une vie sans regrets peut, à l’inverse, ressembler au parcours d’une personne qui prend toutes les décisions possibles, y compris les plus discutables, au nom de l’expérience.

Les amateurs de formules aiment dire qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets. L’idée est séduisante. Elle donne un côté aventurier. On imagine quelqu’un quittant son emploi, traversant l’Atlantique et ouvrant une librairie sur une île grecque. On pense moins souvent à celui qui quitte son emploi sans économies, traverse l’Atlantique en basse saison et découvre que personne ne lit dans son village grec.

Le regret possède pourtant un défaut majeur. Il est impossible à vérifier. Nous regrettons toujours une version idéale de ce qui aurait pu arriver. Nous ne regrettons jamais les embouteillages, les mensualités, les disputes, les voisins bruyants ou les problèmes de plomberie de cette autre vie. Le scénario alternatif est systématiquement bien éclairé, correctement chauffé et doté d’une excellente connexion internet.

Le remords a au moins l’avantage de reposer sur des faits. Ce n’est pas nécessairement plus agréable, mais c’est plus précis. On sait ce que l’on a fait, à qui, quand et parfois avec quels dégâts. Le remords peut donc conduire à des excuses, à une réparation ou à un changement de comportement. Le regret, lui, conduit plus volontiers à regarder le plafond à trois heures du matin.

D’un point de vue philosophique, le regret nous rappelle que nous sommes libres, mais pas assez pour vivre toutes les vies possibles. Chaque choix ferme des portes. Même décider de ne rien choisir constitue déjà un choix, ce qui est profondément agaçant.

Le remords nous rappelle une autre limite : nous sommes libres d’agir, mais nous ne contrôlons pas toujours les conséquences. Il introduit la responsabilité dans nos existences. Sans lui, nous serions peut-être plus détendus, mais probablement beaucoup moins fréquentables.

Il ne faut donc pas chercher à vivre sans regrets ni remords. Ce serait irréaliste et légèrement inquiétant. Une personne qui n’a jamais aucun regret manque peut-être d’imagination. Une personne qui n’éprouve jamais de remords manque peut-être de conscience. Dans les deux cas, mieux vaut éviter de lui confier ses clés.

La question n’est donc pas de savoir lequel choisir, mais ce que l’on en fait. Un regret peut pousser à agir avant qu’il ne soit trop tard. Un remords peut pousser à réparer avant que tout soit définitivement cassé. Tous deux deviennent inutiles lorsqu’ils tournent en boucle comme une machine à laver émotionnelle en programme long.

Au fond, le regret regarde une porte que l’on n’a pas ouverte. Le remords regarde celle que l’on a ouverte et derrière laquelle se trouvait manifestement une très mauvaise idée.

Entre les deux, il n’existe pas de solution parfaite. Il faut simplement essayer d’avoir des regrets supportables, des remords réparables et, autant que possible, éviter les décisions prises après minuit, sous l’effet de la colère ou devant une promotion exceptionnelle valable seulement dix minutes.

Olivier Kauf

Consultant depuis plus de 30 ans, Je suis depuis une dizaine d'années journaliste, professionnel dans le domaine des risques et des assurances pour le e-mag RiskAssur-hebdo (https://www.riskassur-hebdo.com) et témoin de mon époque pour https://notre-siecle.com et https://perelafouine.com.sans oublier notre planète https://terre-futur.com RiskAssur, Notre-Siècle et PèreLaFouine proposent chaque jour de nouveaux articles issus de la rédaction : la vie des sociétés (nominations, acquisitions, accords, …), des tests/présentations de produits, des ouvrages (professionnels, romans, bd, …), … Je peux : - présenter vos produits ou nouveaux ouvrages (il suffit de me les envoyer) - écrire sur des sujets à la demande pour du référencement SEO - publier vos communiqués de presse - Publier vos AAPC - … Une question, une remarque : olivier@franol.fr

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page