Titres-restaurant la restauration chiffre à 1,22 milliard d’euros par an le recul de ses dépenses
L’élargissement de l’utilisation des titres-restaurant à l’ensemble des produits alimentaires a profondément modifié la répartition des dépenses entre restauration et grande distribution. Selon les données de la Commission nationale des titres-restaurant présentées par le Groupement des Hôtelleries et Restaurations de France, la part des dépenses réalisées dans les restaurants est passée de 46,5 % au quatrième trimestre 2022 à 34,3 % au premier trimestre 2026. Dans le même temps, celle de la grande et moyenne distribution a progressé de 22,4 % à 32,8 %.
Pour le GHR, cette évolution représente désormais un manque à gagner de 1,22 milliard d’euros par an pour la restauration par rapport à la répartition observée à la fin de 2022. À l’inverse, la grande distribution aurait capté 1,04 milliard d’euros de dépenses supplémentaires chaque année sur un marché annuel des titres-restaurant dépassant 10 milliards d’euros.
Cette évolution intervient dans un contexte déjà difficile pour les professionnels de l’hébergement et de la restauration. Le document cite les données de la Banque de France faisant état, à fin juillet 2026, de 9 721 défaillances d’entreprises dans l’hébergement-restauration sur douze mois, soit une progression de 7,4 % en un an.
La part de la restauration recule de plus de 12 points
Le changement est intervenu à partir de la mise en place du dispositif dit du « tout alimentaire », qui permet d’utiliser les titres-restaurant pour acheter l’ensemble des produits alimentaires, y compris ceux qui ne sont pas directement consommables.
Entre le quatrième trimestre 2022 et le premier trimestre 2026, la restauration a ainsi perdu 12,2 points dans la répartition des dépenses effectuées avec les titres-restaurant. Dans le même temps, la grande et moyenne distribution a gagné 10,4 points.
Ces chiffres traduisent une modification importante des usages. Le titre-restaurant, historiquement conçu pour participer au financement du repas du salarié pendant sa journée de travail, est désormais également utilisé pour régler une partie des courses alimentaires du foyer.
Pour Catherine Quérard, présidente du GHR, cette évolution ne peut plus être dissociée de la situation économique du secteur. L’organisation professionnelle estime que le dispositif doit continuer à soutenir prioritairement les établissements qui préparent et servent les repas.
Une échéance fixée au 31 décembre 2026
Le cadre actuel du « tout alimentaire » est temporaire. En l’absence de nouvelle loi, la dérogation doit prendre fin automatiquement le 31 décembre 2026. À compter du 1er janvier 2027, les titres-restaurant retrouveraient alors leur périmètre de droit commun.
Cette perspective répondrait à la demande du secteur de réorienter davantage les dépenses vers la restauration, mais elle créerait une autre difficulté pour le GHR. L’organisation souhaite en effet que plusieurs réformes concernant les titres-restaurant puissent être adoptées parallèlement.
Parmi les mesures attendues figurent notamment la dématérialisation complète des titres-restaurant ainsi que la suppression des remises, rabais et ristournes accordés par les émetteurs aux employeurs.
Le GHR estime que la suppression de ces pratiques pourrait contribuer à réduire les commissions supportées par les restaurateurs. Ces mesures figurent dans la proposition de loi n° 2892 déposée par Christophe Naegelen, selon le document.
Catherine Quérard a ainsi demandé au Gouvernement de permettre un examen rapide de cette proposition de loi par l’Assemblée nationale avant la fin de 2026.
Le GHR défend un double plafond d’utilisation
Le point de tension concerne toutefois une éventuelle prolongation du « tout alimentaire ». Le GHR ne s’oppose pas à son maintien, mais conditionne celui-ci à une nouvelle répartition des possibilités d’utilisation.
L’organisation propose la création d’un double plafond quotidien : 25 euros dans les restaurants et commerces alimentaires de proximité, contre 10 euros dans les grandes et moyennes surfaces.
Ce mécanisme permettrait, selon le GHR, de conserver pour les salariés la possibilité d’utiliser une partie de leurs titres-restaurant pour leurs courses alimentaires tout en redonnant davantage de poids à la restauration.
La logique défendue consiste donc à maintenir la souplesse introduite depuis 2022 sans placer les restaurants et la grande distribution sur un pied d’égalité dans l’utilisation quotidienne des titres.
Le document résume ainsi la position de l’organisation : en l’absence de nouvelle loi, le « tout alimentaire » prendrait fin au 31 décembre 2026. Si une réforme est adoptée, le GHR soutient la dématérialisation et la suppression des remises, rabais et ristournes, mais demande que le maintien du « tout alimentaire » soit assorti du double plafond de 25 euros et 10 euros.
Un enjeu économique dépassant le seul moyen de paiement
Derrière la réforme technique du titre-restaurant se joue donc une question économique plus large pour le secteur de la restauration. La diminution de la part des dépenses captées par les établissements intervient alors que ceux-ci sont confrontés à une multiplication des défaillances et à une concurrence accrue pour une enveloppe de dépenses qui dépasse 10 milliards d’euros par an.
Le débat porte également sur la vocation même du titre-restaurant. Depuis l’élargissement de son utilisation, il est devenu à la fois un moyen de financer un repas pris à l’extérieur et un instrument permettant de réduire une partie du budget alimentaire des ménages.
La réforme attendue avant la fin de l’année devra donc arbitrer entre plusieurs objectifs : préserver le pouvoir d’achat des salariés, conserver la souplesse d’utilisation acquise depuis 2022 et soutenir un secteur de la restauration qui estime avoir perdu plus d’un milliard d’euros de dépenses annuelles depuis l’élargissement aux courses alimentaires.
Le GHR, qui fédère 12 000 établissements employant plus de 150 000 salariés, place désormais cette question parmi ses priorités de fin d’année.



