Sexisme en France : l’alerte rouge face à la montée des masculinismes
Le lancement du Rapport 2026 sur l’état du sexisme en France par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes marque un tournant majeur dans l’analyse des rapports de genre. Pour la première fois, une institution publique française consacre une partie centrale de son rapport annuel à l’étude des masculinismes, non plus comme une simple dérive marginale, mais comme un phénomène idéologique structuré, organisé et porteur de risques démocratiques, sociaux et sécuritaires. L’association Femmes avec… salue un travail d’ampleur et souligne l’implication de sa présidente, Muriel Réus, co présidente de la commission Stéréotypes et rôles sociaux, à l’origine de ce rapport.
Un sexisme qui change de forme mais ne recule pas
Le rapport 2026 dresse un constat sans ambiguïté. Le sexisme en France ne disparaît pas. Il évolue, se durcit et se politise. Si une majorité de la population adhère en apparence aux principes d’égalité entre les femmes et les hommes, les stéréotypes demeurent profondément ancrés. Le sexisme dit paternaliste, souvent présenté comme protecteur ou bienveillant, reste largement partagé et constitue un socle de normalisation des inégalités en légitimant une hiérarchie implicite des rôles et du pouvoir.
Parallèlement, le sexisme hostile persiste et s’intensifie. Il est étroitement associé à une tolérance accrue à la violence, à la remise en cause du consentement et à des situations de contraintes plus fréquentes pour les femmes. Les chiffres sont éloquents. Près d’une femme sur cinq déclare avoir déjà subi des violences physiques de la part d’un partenaire. Environ 17 pour cent des personnes âgées de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes, adhèrent aujourd’hui à des formes de sexisme hostile.
Des fractures générationnelles préoccupantes
Le rapport met également en lumière de forts écarts générationnels. Les jeunes femmes sont de plus en plus conscientes des inégalités et des discriminations qu’elles subissent. À l’inverse, une partie croissante des jeunes hommes exprime un sentiment de déclassement et d’injustice. Ce malaise est largement instrumentalisé par des discours masculinistes qui prospèrent sur l’idée d’une égalité déjà atteinte et d’une prétendue inversion des rapports de domination.
Cette dynamique alimente une rhétorique de la crise de la masculinité, utilisée pour remettre en cause les droits des femmes et délégitimer les politiques d’égalité. Le rapport souligne que ces discours ne sont pas spontanés ni isolés, mais s’inscrivent dans des stratégies idéologiques cohérentes et organisées.
Les masculinismes, une menace structurée
L’un des apports majeurs du rapport 2026 réside dans la qualification claire des masculinismes. Le HCE démontre qu’il s’agit d’idéologies structurées, organisées en réseaux, largement diffusées par les plateformes numériques et soutenues par des stratégies d’influence à l’échelle internationale. Le numérique joue un rôle central d’amplification. Le cybersexisme est aujourd’hui identifié comme la première forme de discours de haine en ligne, touchant majoritairement les femmes et favorisant une radicalisation progressive des contenus et des comportements.
Les données confirment l’ampleur du phénomène. Le sexisme paternaliste concerne environ 7,5 millions d’hommes et 5 millions de femmes en France. Six hommes sur dix estiment que les féministes cherchent à donner plus de pouvoir aux femmes qu’aux hommes et jugent leurs revendications excessives. Entre 2019 et 2023, 1,18 milliard de dollars ont été investis en Europe par des réseaux hostiles aux droits des femmes et à l’égalité, souvent en lien avec des mouvements anti genre et d’extrême droite.
Face à ces éléments, le HCE qualifie explicitement le masculinisme de menace d’ordre public, susceptible de banaliser la violence et, dans ses formes les plus extrêmes, de légitimer le passage à l’acte. Il appelle à reconnaître ce phénomène comme un enjeu de sécurité publique et nationale.
Des recommandations pour endiguer la radicalisation
Pour répondre à ces constats, le rapport formule vingt recommandations structurées autour de trois axes majeurs. Il s’agit d’abord de renforcer la prévention et l’éducation afin de déconstruire les stéréotypes dès le plus jeune âge. Le HCE insiste ensuite sur la nécessité de responsabiliser l’espace numérique, en luttant plus efficacement contre la diffusion des discours de haine et les stratégies de radicalisation en ligne. Enfin, il appelle à reconnaître et traiter la radicalisation masculiniste comme un risque majeur, au même titre que d’autres formes d’extrémisme.
Femmes avec…, une mobilisation de long terme
Pour l’association Femmes avec…, ce rapport vient confirmer des constats établis depuis plusieurs années sur le terrain, dans les entreprises, les institutions et l’espace médiatique. Le sexisme ne s’efface pas. Il se reconfigure et, lorsqu’il s’articule à des discours de victimisation masculine et de remise en cause des droits des femmes, il devient un puissant facteur de déstabilisation sociale.
L’association réaffirme son engagement à agir, former et alerter. Elle rappelle que l’égalité entre les femmes et les hommes n’est ni acquise ni négociable, mais constitue un pilier fondamental de la démocratie. Le Rapport 2026 du HCE s’impose ainsi comme un outil d’alerte et de mobilisation collective face à une menace désormais clairement identifiée.




