ActualitésInformations

Mariage d’enfants : le cri d’alerte de 250 filles pour briser le silence

À l’approche de la Journée internationale des droits des filles, le 11 octobre, Plan International France publie un rapport glaçant qui met en lumière la réalité vécue par des centaines de jeunes filles contraintes au mariage avant leur majorité. Intitulée « Laissez-moi être une enfant, pas une épouse – Le vécu des filles confrontées au mariage d’enfants », cette étude s’appuie sur les témoignages de 251 jeunes femmes issues de 15 pays à forte prévalence. Le constat est sans appel : abandon scolaire, maternités précoces, dépendance économique, isolement social et absence de droits caractérisent leur quotidien.

Une enfance sacrifiée sur l’autel des traditions

Chaque année, ce sont 12 millions de filles dans le monde qui sont mariées avant 18 ans. Derrière ces chiffres se cachent des trajectoires brisées. Le rapport révèle que 72 % des jeunes filles interrogées deviennent mères avant leur majorité. Privées d’accès à la contraception, à une éducation complète à la sexualité et soumises à la pression des maris ou des belles-familles, elles voient leur santé compromise et leurs rêves avortés.

L’école, premier droit bafoué, devient un luxe inaccessible. Moins d’une fille mariée sur cinq poursuit sa scolarité après son union. La majorité, soit 63 %, se retrouve sans études, sans emploi ni formation, réduite à une dépendance économique totale vis-à-vis de leur conjoint. Ce cercle vicieux enferme les jeunes femmes dans la pauvreté et la marginalisation.

Des unions sous contrainte, souvent invisibles

Le mariage forcé se traduit aussi par une perte de liberté et d’autonomie. Dans ces unions souvent conclues avec des hommes bien plus âgés, 38 % des filles affirment n’avoir aucun pouvoir de décision au sein de leur foyer. Ce déséquilibre se traduit par une vulnérabilité extrême face aux violences domestiques, aux restrictions de mobilité et à l’absence de reconnaissance légale.

Une tendance inquiétante émerge également : celle des unions informelles. Non enregistrées, elles échappent à toute protection juridique. Dans ces cas, les jeunes épouses n’ont aucun droit : ni pension alimentaire, ni accès à la propriété, ni recours face aux violences conjugales. Invisibles aux yeux des institutions, elles sont doublement condamnées au silence et à l’isolement.

Quand la loi ne protège pas

Si deux tiers des pays étudiés fixent bien l’âge légal du mariage à 18 ans, les exceptions se multiplient. Autorisations parentales, religieuses ou judiciaires permettent de contourner facilement la législation. Résultat : les mariages précoces perdurent malgré les textes en vigueur.

Le poids des croyances sexistes reste une barrière majeure. Plus de la moitié des militantes interrogées (55 %) soulignent que ces normes sociales, souvent plus fortes que la loi, perpétuent la pratique. Dans certaines communautés, le mariage précoce est perçu comme un moyen de protéger l’honneur familial, d’assurer la sécurité économique ou de renforcer des alliances sociales.

Toutes les filles interrogées affirment pourtant d’une seule voix : elles refusent que leurs propres enfants vivent la même expérience. Leur aspiration à un avenir différent témoigne d’un besoin urgent de transformation culturelle et politique.

L’appel pressant de Plan International France

Face à ce constat, Plan International France appelle les États à agir sans délai. « Ces filles doivent être enfin reconnues comme un groupe à part entière, nécessitant des mesures spécifiques pour leur permettre d’accéder aux services essentiels et à leurs droits », déclare Anne Bideau, directrice générale de l’ONG.

Les recommandations sont claires :

  • Supprimer toutes les exceptions légales et garantir l’âge minimum du mariage à 18 ans, sans compromis.

  • Mettre en place des programmes de réinsertion scolaire et de formation professionnelle pour les filles déjà mariées.

  • Renforcer la lutte contre les violences conjugales et garantir un accès effectif à la justice.

  • Développer des services de garde d’enfants adaptés pour permettre aux jeunes mères de poursuivre leurs études ou leur activité professionnelle.

  • Assurer un accès généralisé à la contraception, à la santé et à une éducation complète à la sexualité.

Ces mesures doivent s’inscrire dans une politique globale intégrant éducation, santé, protection et justice, avec pour priorité l’égalité filles-garçons.

Une responsabilité collective

Mettre fin au mariage d’enfants n’est pas uniquement l’affaire des gouvernements. Les communautés, les familles et l’ensemble de la société ont un rôle à jouer pour déconstruire les stéréotypes et protéger les filles. Cela implique de sensibiliser les parents, d’accompagner les leaders religieux et coutumiers, et de créer un environnement propice où les filles peuvent choisir leur avenir.

Les jeunes militantes interrogées dans le rapport insistent sur l’importance de donner la parole aux premières concernées. Ce sont elles qui portent l’expérience la plus légitime et les solutions les plus pertinentes pour bâtir un futur sans mariage précoce.

Vers une génération libérée ?

La publication de ce rapport s’inscrit dans une dynamique mondiale de lutte contre les mariages précoces, mais le chemin reste long. Tant que des millions de filles continueront à voir leur avenir brisé au nom de traditions ou de croyances sexistes, l’égalité réelle restera hors de portée.

L’avenir repose sur la capacité des États à transformer leurs engagements en actions concrètes, mais aussi sur la mobilisation citoyenne. Si la société parvient à reconnaître les filles non plus comme des épouses potentielles mais comme des enfants, des élèves, des futures professionnelles et des citoyennes à part entière, alors une génération libérée pourra émerger.

La Journée internationale des droits des filles du 11 octobre sera l’occasion de rappeler que protéger les filles contre le mariage précoce, c’est protéger l’humanité tout entière : investir dans leur éducation, leur santé et leur liberté, c’est miser sur un avenir plus juste, plus égalitaire et plus prospère.

Rappel

-Plan International définit les mariages et unions d’enfants précoces et forcés comme tout mariage ou union informelle, qu’il soit civil, religieux ou coutumier, avec ou sans enregistrement officiel, dans lequel l’un ou deux des époux ont moins de 18 ans et/ou dans lequel le consentement libre, complet et éclairé de l’une ou des deux parties n’a pas été obtenu. 

-251 filles et jeunes femmes ont été interrogées dans 15 pays : Bangladesh, Cambodge, Indonésie, Népal, Éthiopie, Mozambique, Ouganda, Zambie, Colombie, République dominicaine, Guatemala, Équateur, Nigeria, Niger et Togo. 

-Dans chaque pays, 10 à 15 participantes ont été rencontrées selon des critères précis : diversité des profils (handicap, origine ethnique, zone géographique), inclusion de filles encore mariées ou séparées, mères et non-mères, ainsi que différents types d’unions (civiles, religieuses, coutumières ou non officielles). 

perlafouine

Informations d'entreprises ou de partenaires

Articles similaires

Laisser un commentaire

Bouton retour en haut de la page