Cyclistes et feux rouges : « 40 millions d’automobilistes » dénonce des infractions persistantes
Un an après une première observation menée boulevard Richard-Lenoir à Paris, l’association « 40 millions d’automobilistes » est retournée au même carrefour afin d’observer le comportement des cyclistes face à un feu équipé d’un panonceau M12. Selon l’association, malgré le remplacement de la signalisation qui avait précédemment prêté à confusion, les franchissements du feu rouge se poursuivent.
L’affaire trouve son origine dans un reportage réalisé un an plus tôt avec Complément d’enquête. À cette occasion, Pierre Chasseray, délégué général de « 40 millions d’automobilistes », avait constaté que la quasi-totalité des cyclistes observés à cet endroit franchissaient le feu rouge. Après le tournage, l’association avait découvert qu’un autocollant « M12f » avait été apposé sur le panonceau « M12d », ce qui pouvait laisser penser que les cyclistes étaient autorisés à poursuivre tout droit malgré le feu rouge.
Depuis, la Ville de Paris a remplacé le panonceau. La nouvelle signalisation autorise les cyclistes à franchir le feu rouge pour tourner à droite, mais pas pour poursuivre tout droit. « 40 millions d’automobilistes » a donc décidé de revenir sur place afin de vérifier si les comportements avaient évolué.
Selon les observations réalisées par l’association durant quinze minutes de tournage, l’ensemble des cyclistes filmés auraient continué à franchir le feu rouge, y compris ceux poursuivant tout droit. L’association présente cette séquence comme la démonstration que la persistance des infractions ne peut plus être attribuée à une mauvaise compréhension du panneau.
Ce constat repose toutefois sur une observation effectuée à un endroit précis et pendant une durée limitée. Il ne permet donc pas, à lui seul, de tirer des conclusions statistiques sur le comportement de l’ensemble des cyclistes parisiens ou français. Il constitue avant tout le point de départ d’une prise de position de l’association sur le respect du Code de la route par les différents usagers.
Le panonceau M12 ne supprime pas le feu rouge
Le document rappelle que les cyclistes peuvent, dans certaines situations, bénéficier d’une dérogation au feu rouge grâce aux panonceaux M12. Ces panneaux permettent d’effectuer certaines manœuvres indiquées par une flèche, sous réserve de respecter les autres usagers.
Dans le cas observé boulevard Richard-Lenoir, le panonceau autorise uniquement le mouvement indiqué, à savoir tourner à droite. Il ne donne pas une autorisation générale de franchir le feu rouge pour continuer dans une autre direction.
Pour « 40 millions d’automobilistes », cette distinction est essentielle. L’association considère que la présence de dispositifs spécifiques aux cyclistes peut parfois être mal comprise, mais qu’elle ne signifie pas que les feux tricolores cessent de s’appliquer aux vélos.
Des situations potentiellement dangereuses
Au-delà de la question réglementaire, l’association insiste sur les risques liés au franchissement d’un feu rouge.
Dans une intersection, un automobiliste ou un autre usager qui démarre alors que son feu passe au vert peut se retrouver face à un cycliste arrivant dans sa trajectoire. Une mauvaise anticipation de part et d’autre peut alors provoquer une collision.
L’association souligne ainsi que le respect du feu rouge n’est pas uniquement une question de discipline routière. Il répond également à une logique de sécurité et de prévisibilité des comportements. Chaque usager doit pouvoir anticiper les mouvements des autres en fonction de la signalisation.
« 40 millions d’automobilistes » reconnaît par ailleurs les bénéfices du vélo en matière d’environnement et de santé publique, mais estime que ces avantages ne peuvent justifier le non-respect des règles de circulation.
La question de la responsabilité relancée
L’association élargit également le débat à la responsabilité en cas d’accident impliquant un cycliste.
Philippe Nozière, président de « 40 millions d’automobilistes », estime qu’un cycliste ayant adopté un comportement dangereux peut placer les autres usagers dans une situation délicate en cas de collision. L’association dénonce ce qu’elle considère comme un sentiment d’impunité associé à certaines infractions commises à vélo.
Cette prise de position s’inscrit dans un débat plus large sur la cohabitation entre automobilistes, cyclistes, piétons et utilisateurs de nouveaux moyens de déplacement dans les centres urbains.
L’augmentation de la pratique du vélo et le développement d’aménagements spécifiques ont profondément modifié la circulation dans de nombreuses villes. Les intersections concentrent particulièrement ces enjeux, avec des règles qui peuvent différer selon les voies, les feux et les panneaux installés.
Ne pas opposer cyclistes et automobilistes
Même si l’observation menée à Paris constitue le cœur de son argumentation, « 40 millions d’automobilistes » affirme que la question ne concerne pas uniquement la capitale. L’association indique que des franchissements de feux rouges par certains cyclistes sont régulièrement observés dans d’autres villes françaises.
Elle estime que cette situation peut nourrir chez certains automobilistes le sentiment que les règles de circulation ne sont pas appliquées de façon identique selon les moyens de transport.
Pour autant, l’association dit ne pas vouloir opposer automobilistes et cyclistes. Elle rappelle que la route constitue un espace partagé et que la sécurité dépend du respect des règles par l’ensemble des usagers.
Elle demande ainsi aux pouvoirs publics de renforcer la sensibilisation au Code de la route et de rappeler que les règles s’appliquent quel que soit le mode de déplacement.
Pierre Chasseray résume cette position en estimant que le problème ne réside pas dans le vélo lui-même, mais dans les comportements qui contreviennent aux règles de circulation.
À travers cette nouvelle vidéo tournée boulevard Richard-Lenoir, « 40 millions d’automobilistes » entend donc relancer une question particulièrement sensible dans les grandes villes : comment accompagner le développement du vélo tout en garantissant un respect commun et lisible des règles de circulation ?




