Santé mentale des enfants dès 3 ans leur parole révèle des besoins de soutien et des situations de violence
Les enfants de 3 à 5 ans sont capables d’exprimer leurs émotions, de raconter leurs difficultés et parfois de signaler des situations de violence. Une étude pilote publiée le 8 octobre 2026 par l’UNICEF France, dans le cadre de sa 7e Consultation nationale, met en évidence l’importance de leur donner la parole dès l’école maternelle. Menée auprès de 64 enfants, cette enquête qualitative souligne le rôle essentiel des adultes dans leur sécurité affective, mais aussi la nécessité de mieux repérer les situations de vulnérabilité.
La santé mentale des enfants ne commence pas à devenir un sujet de préoccupation à l’adolescence. Dès les premières années de leur vie, les plus jeunes éprouvent des émotions, rencontrent des difficultés et peuvent ressentir le besoin d’être écoutés. Encore faut-il leur permettre de s’exprimer dans des conditions adaptées à leur âge.
C’est précisément l’objectif de l’étude pilote conduite par l’UNICEF France auprès de 64 enfants scolarisés en maternelle, en France hexagonale et en Guadeloupe. Pour la première fois dans le cadre de sa Consultation nationale, l’organisation a directement interrogé des enfants âgés de 3 à 5 ans sur leurs émotions, leurs expériences quotidiennes et les personnes auxquelles ils font appel lorsqu’ils ont besoin de réconfort.
Les premiers enseignements, rendus publics à l’approche de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre, montrent que les jeunes enfants disposent déjà d’une réelle capacité à identifier et à raconter ce qu’ils ressentent.
Des enfants capables de reconnaître et de raconter leurs émotions
La démarche reposait sur des méthodes de recueil adaptées au développement des enfants, afin de favoriser une expression libre dans un environnement sécurisant.
Les participants ont été invités à évoquer différentes émotions, notamment la joie, la peur, la tristesse et la colère, en les associant à des situations vécues.
Les résultats montrent qu’ils peuvent établir des liens entre leurs émotions et des expériences concrètes. Ils savent également identifier les personnes susceptibles de les aider lorsqu’ils rencontrent une difficulté.
Cette capacité d’expression constitue un enseignement important. Les très jeunes enfants ne disposent pas nécessairement du vocabulaire ou des moyens de communication des plus grands, mais cela ne signifie pas qu’ils sont incapables de décrire leur vécu.
L’étude souligne ainsi l’intérêt de leur proposer des espaces d’expression adaptés plutôt que d’attendre qu’ils soient plus âgés pour recueillir directement leur point de vue.
Cette approche permet également de mieux comprendre la place des relations affectives dans leur quotidien.
La famille et l’école au cœur de la sécurité affective
Les parents occupent naturellement une place importante parmi les personnes identifiées par les enfants comme sources de soutien. Mais ils ne sont pas les seuls.
Les grands-parents, les frères et sœurs, les enseignants et les agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (ATSEM) apparaissent également comme des figures de référence.
Cette diversité montre que le sentiment de sécurité des jeunes enfants repose sur plusieurs relations, à la maison comme à l’école.
Lorsqu’ils éprouvent de la tristesse, de la peur ou de la colère, ils peuvent rechercher du réconfort auprès de différents adultes ou membres de leur entourage.
Pour l’UNICEF France, ces relations jouent un rôle déterminant dans leur bien-être émotionnel et leur développement.
L’étude invite ainsi à considérer les interactions quotidiennes avec les jeunes enfants comme une dimension essentielle de leur santé mentale. Les professionnels de l’enfance, au même titre que les familles, occupent une place importante dans leur accompagnement.
Mais les échanges recueillis font également apparaître une réalité plus préoccupante.
Des situations de violence révélées sans question directe
L’un des résultats les plus marquants concerne les violences évoquées spontanément par plusieurs enfants.
Les enquêteurs ne leur avaient pas demandé directement s’ils subissaient des violences. Les témoignages sont apparus lorsqu’ils étaient invités à expliquer les situations associées à leurs émotions.
Certains enfants ont alors rapporté des comportements violents de la part d’adultes de leur entourage, principalement dans le cadre familial et, plus rarement, à l’école.
Parmi les paroles recueillies figurent notamment ces témoignages :
« Quand papa me tape, je suis très triste. »
« Je suis triste quand maman me tape. »
Un autre enfant a évoqué une situation impliquant son enseignante : « Quand maîtresse me tape, je pleure. »
Ces déclarations illustrent la manière dont un enfant peut évoquer une expérience douloureuse à partir d’une simple question sur la tristesse ou la peur.
Elles mettent également en lumière une difficulté particulière : les adultes vers lesquels les enfants se tournent pour obtenir du soutien peuvent parfois être ceux dont ils redoutent les comportements.
Cette situation est d’autant plus délicate que les enfants de cet âge dépendent largement de leur entourage pour leur protection, leur sécurité et leur développement.
La possibilité de s’exprimer auprès d’autres adultes apparaît alors particulièrement importante.
Dix-neuf situations ayant nécessité une attention particulière
Au total, l’étude a identifié 19 situations ayant appelé une attention particulière parmi les 64 enfants interrogés.
Certaines ont conduit à la mise en place de mesures de protection et à un suivi actif, pouvant aller jusqu’à la transmission d’informations préoccupantes.
Ce résultat doit toutefois être interprété avec prudence.
L’enquête repose sur un échantillon restreint et non représentatif. Elle ne permet donc pas de déterminer la proportion d’enfants de 3 à 5 ans confrontés à des violences en France.
Les 19 situations signalées ne peuvent notamment pas être utilisées pour établir un taux national de maltraitance.
L’intérêt de cette étude est ailleurs. Elle montre que des enfants très jeunes peuvent évoquer des expériences préoccupantes lorsque les conditions de dialogue leur permettent de le faire.
Elle souligne également l’importance du repérage précoce des situations de vulnérabilité, avant que les difficultés ne restent durablement invisibles.
Pour les professionnels de l’enfance, ces observations rappellent que l’écoute ne doit pas se limiter aux comportements immédiatement visibles. Les mots employés par les enfants et les émotions qu’ils associent à certaines expériences peuvent apporter des informations essentielles sur leur quotidien.
Mieux former les adultes qui accompagnent les jeunes enfants
À partir de ces premiers résultats, l’UNICEF France appelle à renforcer la place accordée à la parole des enfants dans les politiques publiques.
L’organisation recommande notamment la mise en place d’une stratégie nationale interministérielle consacrée à leur participation, comprenant un volet spécifique pour les moins de 6 ans.
L’objectif serait de permettre aux plus jeunes de s’exprimer davantage sur les questions qui concernent leur quotidien, leur bien-être et leur protection.
L’école maternelle constitue l’un des lieux privilégiés pour développer cette démarche.
L’UNICEF préconise d’y renforcer les espaces d’expression et le développement des compétences psychosociales, qui contribuent notamment à la reconnaissance des émotions et aux relations avec les autres.
La formation des professionnels constitue un autre axe prioritaire.
Enseignants, personnels de la petite enfance et autres adultes intervenant auprès des jeunes enfants doivent pouvoir mieux comprendre leur développement socio-émotionnel, recueillir leur parole et identifier les signes éventuels de mal-être, de négligence ou de violence.
L’organisation insiste également sur le soutien à la parentalité et sur la nécessité de poursuivre la lutte contre les violences éducatives ordinaires.
Ces recommandations s’inscrivent dans une logique de prévention : intervenir le plus tôt possible lorsque des difficultés sont identifiées, plutôt que d’attendre leur aggravation.
La parole des enfants comme élément des politiques de prévention
Au-delà des situations individuelles, cette étude pose la question de la place réellement accordée aux enfants dans les décisions qui les concernent.
Les adultes sont habituellement les principaux interlocuteurs des enquêtes portant sur les conditions de vie des plus jeunes. Parents, enseignants et professionnels de santé apportent des informations indispensables, mais leur regard ne remplace pas nécessairement celui des enfants eux-mêmes.
L’expérience menée par l’UNICEF France montre qu’il est possible de recueillir directement leur ressenti, y compris avant l’âge de 6 ans.
Pour Adeline Hazan, présidente de l’UNICEF France, cette démarche doit permettre de mieux prendre en considération les besoins des enfants.
« Même très jeunes, les enfants ont des choses essentielles à nous dire sur ce qu’ils ressentent et ce qu’ils vivent », souligne-t-elle.
La question dépasse donc le seul champ de la santé mentale. Elle concerne également les droits de l’enfant, sa protection et sa participation à la vie collective.
Donner la parole aux plus jeunes ne garantit pas, à lui seul, que toutes les difficultés seront identifiées. Mais cela permet de disposer d’informations qui pourraient autrement ne jamais être exprimées.
Une consultation nationale auprès de plus de 23 000 jeunes
Cette étude pilote constitue la première étape de la publication des résultats de la 7e Consultation nationale de l’UNICEF France.
Au total, plus de 23 000 enfants et adolescents âgés de 3 à 18 ans ont participé à cette édition consacrée à la santé mentale.
Le rapport complet sera présenté le 17 novembre 2026, lors d’un colloque organisé à l’Assemblée nationale.
Il doit permettre d’examiner plus largement les relations entre santé mentale, conditions de vie, violences, soutien social et respect des droits de l’enfant.
Ces travaux interviennent également dans un contexte où l’UNICEF France souhaite placer les droits des enfants au cœur des débats précédant l’élection présidentielle de 2027.
L’organisation rappelle que les décisions publiques relatives à la santé, à l’éducation, à la pauvreté et à la protection concernent directement les 15 millions d’enfants vivant en France.
Les premiers résultats publiés en octobre apportent déjà un enseignement : les enfants de maternelle peuvent contribuer à une meilleure compréhension de leurs besoins, à condition de leur proposer des moyens d’expression adaptés.
L’enjeu ne consiste pas seulement à les écouter lorsqu’une difficulté devient manifeste, mais aussi à leur donner régulièrement la possibilité de raconter ce qu’ils vivent.
Une démarche qui pourrait contribuer à améliorer le repérage des situations préoccupantes et à mieux intégrer les besoins des plus jeunes dans les dispositifs de prévention et de protection.




