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Les nouvelles tendances de lecture en France

La lecture constitue depuis des siècles un pilier de la culture française. Perçue tour à tour comme un loisir, un outil d’apprentissage ou une source d’évasion, elle reflète aussi les transformations de la société. Chaque année, le Centre National du Livre (CNL) propose, avec Ipsos, un baromètre précieux qui permet de suivre l’évolution des pratiques de lecture. L’édition 2025, tout en s’inscrivant dans la continuité des années précédentes, révèle des tendances préoccupantes et des mutations profondes du rapport des Français au livre.

Méthodologie : Le baromètre repose sur une enquête réalisée en ligne du 29 janvier au 9 février 2025, auprès d’un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. La représentativité est assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession, région, taille d’agglomération). Cette rigueur méthodologique garantit une photographie fidèle de la réalité du lectorat français, tout en permettant des comparaisons diachroniques.

Cible interrogé

  • Français F/H âgés de 15 ans et plus 
  • Taille d’échantillon : 1 001 personnes 
  • Représentatif en termes de sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle, région, catégorie d’agglomération sur la base des dernières données INSEE disponibles 

Echantillonnage et collecte

  • Téléphone sur système CATI
  • Durée moyenne du questionnaire : 29 min.
  • Date du terrain de la 6ème vague : du 21 janvier au 4 février 2025.
  • Tirage aléatoire dans une liste générée sur les racines ARCEP et désignation de la personne interrogée par la méthode des quotas. 

Représentativité de l’échantillon

La représentativité de l’échantillon est assurée à partir des dernières données INSEE : 

  • en amont du recueil par le système des quotas 
  • en aval par le redressement des données 
  • sur les variables suivantes : sexe, âge, région, catégorie d’agglomération, profession
  • Méthode de pondération : calage sur marge

Un attachement toujours fort… mais une baisse du volume de lecture

Une majorité de lecteurs, mais un essoufflement discret

En 2025, 85 % des Français déclarent avoir lu au moins un livre au cours des 12 derniers mois, un chiffre relativement stable mais en très légère érosion par rapport aux précédentes éditions. Ce taux de lecture global masque toutefois un phénomène préoccupant : la baisse progressive du nombre de livres lus.

  • En moyenne, les lecteurs lisent 13 livres par an (livres imprimés ou numériques confondus).

  • Seuls 17 % des Français lisent plus de 20 livres par an, contre 21 % en 2017.

  • 38 % des lecteurs déclarent lire moins aujourd’hui qu’il y a un an, souvent par manque de temps ou fatigue.

Cette tendance suggère une mutation plus structurelle qu’un simple aléa conjoncturel : la lecture n’est plus aussi centrale dans les loisirs, notamment chez les jeunes adultes.

Un lectorat féminin et diplômé

Les femmes restent les plus grandes lectrices : 90 % des femmes déclarent avoir lu un livre, contre 80 % des hommes. Elles lisent également plus souvent et en plus grande quantité. La lecture apparaît également plus fréquente chez les personnes diplômées, les cadres, les personnes âgées de plus de 65 ans, et les habitants de l’Île-de-France.

Les motivations de lecture : entre plaisir, nécessité et information

Le plaisir reste une motivation dominante

Malgré les évolutions sociales, la lecture reste avant tout un acte de plaisir pour 59 % des lecteurs, un chiffre en légère baisse mais toujours majoritaire. La détente (46 %) et l’enrichissement personnel (48 %) sont les autres raisons souvent citées.

Cependant, les jeunes lecteurs (15-24 ans) évoquent davantage des motivations liées à l’information ou à la scolarité. Le livre devient alors un outil plus qu’un compagnon, un vecteur de savoir plutôt qu’un refuge émotionnel.

Une lecture utilitaire en hausse

Les Français lisent aussi pour s’informer (38 %, en hausse), travailler (17 %) ou étudier (22 %). Ces données témoignent d’une recomposition du paysage de la lecture, où l’utilitarisme progresse au détriment du loisir pur.

L’essor discret mais durable du numérique

Une diversification des supports

Le livre imprimé reste ultra-dominant, avec 96 % des lecteurs y ayant recours. Mais les livres numériques (34 %) et les livres audio (20 %) poursuivent leur progression, notamment chez les jeunes, les actifs et les diplômés.

La lecture sur smartphone et tablette augmente, même si elle reste minoritaire (15 % des lecteurs numériques privilégient le téléphone). L’audio séduit pour sa praticité, notamment dans les transports ou lors d’activités ménagères.

Une complémentarité plus qu’une substitution

Contrairement à certaines idées reçues, le numérique ne supplante pas le papier. Il s’y ajoute dans des contextes spécifiques (mobilité, accessibilité, praticité). Le frein principal reste l’attachement au livre physique (72 % des non-lecteurs numériques) mais aussi la fatigue visuelle, le manque de repères, ou la méconnaissance des offres.

Des freins persistants et une concurrence croissante des écrans

Le manque de temps, un argument récurrent

Le manque de temps est cité par 55 % des Français comme frein principal à la lecture, en hausse chez les actifs. Ce facteur est souvent corrélé à la surcharge mentale, aux rythmes professionnels intenses, et à la baisse de l’attention disponible.

Les écrans, rivaux silencieux

La lecture entre en concurrence directe avec d’autres contenus numériques : vidéos courtes, réseaux sociaux, plateformes de streaming. Près de 38 % des Français déclarent que les écrans empiètent sur leur temps de lecture.

Chez les jeunes, le constat est encore plus alarmant : 1 jeune sur 2 peine à se concentrer sur un livre, évoquant une difficulté à rester attentif ou à entrer dans un récit long.

Une fracture culturelle : vers une lecture à deux vitesses ?

Une polarisation du lectorat

Le baromètre 2025 révèle une inquiétante polarisation entre :

  • les lecteurs intensifs, souvent diplômés, âgés et urbains,

  • et les non-lecteurs, souvent jeunes, précaires ou peu diplômés.

Ce clivage crée une forme de fracture culturelle, où l’accès à la lecture devient un marqueur social. À cela s’ajoute une inégalité d’accès aux livres, notamment en zone rurale ou dans les quartiers prioritaires.

Le rôle des politiques publiques

La lutte contre l’érosion de la lecture nécessite une mobilisation large : école, bibliothèques, médias, associations, collectivités territoriales… Il faut non seulement favoriser l’accès aux livres, mais aussi changer le récit autour de la lecture, en la valorisant comme un plaisir, une découverte, une respiration mentale.

Lire encore, mais autrement

Le baromètre 2025 dessine le portrait d’un pays qui aime encore lire, mais qui lit moins, lit différemment, et lit parfois sous contrainte. La lecture papier reste majoritaire, mais elle est menacée par un environnement saturé d’écrans et de sollicitations. La mutation est déjà là : moins de quantité, plus de diversité, et une pratique plus éclatée, plus contextuelle.

Si la lecture change, elle ne disparaît pas : elle se transforme. C’est à la société dans son ensemble de redonner au livre une place centrale dans l’imaginaire collectif – pas comme un totem intellectuel, mais comme une expérience vivante, ancrée dans notre quotidien, et accessible à tous.

Elliot

Elliot contribue à la rédaction de PèreLaFouine sur des sujets liés à l’actualité, à la société, à la consommation, aux entreprises, aux nouvelles technologies et aux évolutions des modes de vie. Ses articles privilégient une approche claire, factuelle et accessible, avec l’objectif de donner aux lecteurs les éléments utiles pour comprendre les enjeux du quotidien.

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