
Quand le Made in France populaire devient enfin rentable

En 2025, Le Slip Français signe un retournement spectaculaire que peu d’acteurs du textile pouvaient encore imaginer il y a deux ans. Dans un secteur en crise structurelle, marqué par la pression des prix, la désindustrialisation et la concurrence internationale, la marque française affiche une croissance de 16%, atteint 21 millions d’euros de chiffre d’affaires, dégage 10% d’EBITDA et devient rentable pour la première fois depuis sa création en 2011. Un symbole fort pour le Made in France, et surtout la démonstration qu’un autre modèle économique est possible.
Le pari du tout ou rien
En avril 2024, la direction du Slip Français décide de jouer sa survie. Guillaume Gibault, président fondateur, et Léa Marie, directrice générale, lancent le projet (R)EVOLUTION. Le message est clair et sans détour. La transformation sera radicale ou l’entreprise disparaîtra. Dix-huit mois plus tard, le verdict est sans appel. Les Français ont répondu présents.
En un an, 200 000 nouveaux clients rejoignent la marque, portant la base totale à plus de 800 000 consommateurs. Depuis sa création, plus de 8 millions de slips ont été vendus. Ce soutien massif n’est pas seulement commercial. Il traduit une adhésion à un projet industriel et à une vision assumée du Made in France, débarrassée du luxe inaccessible et du discours nostalgique.
Une équation simple mais exigeante
Le redressement du Slip Français repose sur un alignement stratégique rare dans le textile. L’objectif est clair. Équiper les fesses de tous les Français. Pour y parvenir, la marque a fait des choix structurants.
D’abord le produit. Un recentrage sur des essentiels du quotidien, le Slip Intrépide et le Boxer Redoutable, conçus pour durer et fabriqués intégralement en France. Ensuite le prix. La gamme (R)EVOLUTION est proposée entre 15 et 20 euros, soit un tarif divisé par deux par rapport aux standards historiques de la marque. Enfin la distribution. Le Slip Français a fermé 17 boutiques sur 20 pour se concentrer sur les canaux où se trouve réellement le marché du sous-vêtement. Le digital représente désormais 70 pour cent du chiffre d’affaires, complété par un déploiement ciblé en grande distribution.
À cela s’ajoute une communication fidèle à l’ADN de la marque, décalée, directe, parfois provocante, mais toujours cohérente avec le message porté. Un slip qui bosse dur, fabriqué ici, pour tous.
L’usine comme cœur du modèle
Si cette transformation a pu aboutir, c’est aussi grâce à un choix industriel fort. L’ouverture de l’usine Bonne Nouvelle à Aubervilliers en juillet 2023 marque un tournant. Contrairement à de nombreuses marques qui externalisent ou sous-traitent, Le Slip Français a internalisé sa production.
Aujourd’hui, le site emploie 54 collaborateurs, affiche un taux de turnover nul et s’étend sur 700 mètres carrés. Soixante machines, dont huit automates, permettent de produire jusqu’à 3 500 slips par jour. Cette maîtrise industrielle est la clé de la compétitivité retrouvée. Elle permet d’optimiser les coûts, d’améliorer la qualité et de sécuriser les délais, tout en maintenant des emplois qualifiés sur le territoire.
De la culotte au t-shirt, une ambition industrielle élargie
La dynamique ne s’arrête pas au sous-vêtement. En novembre 2025, Le Slip Français lance la gamme de t-shirts FIER(T). Le succès est immédiat. Trois cents entreprises s’engagent et 30 000 unités sont commandées en quelques semaines. Fort de cet élan, le groupe affiche une ambition claire pour 2026. Devenir la première usine de t-shirts en France.
Cette stratégie s’accompagne d’investissements continus, de recrutements et de programmes de formation. L’objectif est de démontrer que le Made in France peut être performant, compétitif et accessible, à condition de penser l’outil industriel à l’échelle et non comme une vitrine.
Un modèle d’entreprise revendiqué
Derrière le ton léger et l’humour assumé, Le Slip Français défend une vision structurée de l’entreprise. Performance économique, puissance industrielle et responsabilité sociétale ne sont pas des concepts opposés mais complémentaires. Le succès de 2025 repose sur le travail, l’innovation et une relation de confiance avec les consommateurs.
Comme le résume Guillaume Gibault, si l’entreprise est toujours là aujourd’hui, c’est grâce à l’engagement industriel et à des milliers de clients qui, chaque jour, choisissent d’acheter un slip fabriqué en France. Dans un contexte économique et politique instable, la marque espère que sa trajectoire inspirera d’autres entrepreneurs et contribuera à faire émerger de nouveaux modèles industrielsid.
Une démonstration à valeur d’exemple
Le redressement du Slip Français dépasse le cadre de la mode ou du textile. Il interroge plus largement la capacité de l’industrie française à se réinventer. En prouvant qu’un produit du quotidien peut être fabriqué localement, vendu à un prix accessible et rester rentable, la marque apporte une réponse concrète aux débats sur la souveraineté industrielle et la relocalisation.
À l’horizon 2026, l’équipe dirigeante et les salariés se projettent avec détermination. Leur ambition est intacte. Réinventer l’industrie textile française avec panache et soutenir toutes les initiatives industrielles engagées. Le message est clair. Oui, c’est possible.