Syngenta et Amoéba misent sur un biofongicide pour les céréales

Syngenta Crop Protection et la société française Amoéba franchissent une nouvelle étape dans leur collaboration avec la conclusion d’un accord exclusif de fourniture et de distribution portant sur un biofongicide destiné aux céréales. Le partenariat couvre les 27 pays de l’Union européenne, le Royaume-Uni, l’Ukraine et la Suisse, avec de premiers lancements commerciaux envisagés à partir de 2028.

Le produit, actuellement connu sous le code de développement AXP20, repose sur une formulation à base de lysat de l’amibe Willaertia magna C2c Maky. Il doit être commercialisé sous une marque Syngenta une fois les autorisations réglementaires obtenues.

L’accord prolonge le protocole d’entente signé par les deux entreprises en novembre 2025 et installe leur collaboration dans une logique de développement commercial de long terme.

Une réponse aux maladies majeures du blé

La priorité donnée à ce biofongicide concerne notamment la septoriose du blé et la rouille jaune, deux maladies fongiques susceptibles de provoquer d’importantes pertes de rendement.

Selon les données reprises dans le document, ces deux maladies affecteraient chaque année entre 9 et 12 millions d’hectares de céréales en Europe. En Allemagne, la septoriose peut entraîner des pertes de rendement allant de 5 % à 50 %, avec un impact économique pouvant atteindre 1,5 milliard d’euros par an pour les agriculteurs. La rouille jaune peut, de son côté, réduire les rendements de 10 % à 70 %, voire provoquer la perte totale d’une récolte lorsque les variétés cultivées sont particulièrement sensibles.

L’enjeu est d’autant plus important que les céréaliers européens évoluent dans un contexte de réduction progressive du nombre de solutions conventionnelles disponibles. Cette évolution s’explique notamment par le renforcement des contraintes réglementaires et par la progression des phénomènes de résistance chez certains agents pathogènes.

AXP20 est donc présenté comme une solution complémentaire susceptible de trouver sa place dans les stratégies de protection intégrée des cultures.

Un mode d’action biologique spécifique

La technologie développée par Amoéba se distingue par son origine biologique. Le produit est issu d’une amibe unicellulaire et agit principalement en inhibant la germination des spores fongiques.

Lors des essais au champ mentionnés dans le document, la solution a montré une efficacité contre la septoriose et la rouille jaune. Elle serait également capable d’activer les défenses naturelles de la plante.

Cette combinaison constitue l’un des éléments mis en avant dans la stratégie de développement du produit. L’objectif est de proposer une solution pouvant s’intégrer aux programmes de traitement existants tout en contribuant à limiter la pression exercée sur les modes d’action conventionnels.

Le lysat de Willaertia magna C2c Maky est classé dans le groupe BM02 par le Fungicide Resistance Action Committee. Ce groupe rassemble des produits biologiques reposant sur plusieurs modes d’action. Le document souligne qu’aucune résistance connue n’est actuellement associée à cette substance et que le risque de développement d’une résistance est considéré comme faible à très faible.

Des étapes réglementaires déjà franchies

La substance active a obtenu une approbation européenne en 2025 à la suite de son évaluation par l’Autorité européenne de sécurité des aliments.

Amoéba a par ailleurs obtenu en juin 2026 une autorisation de mise sur le marché en France pour AXPERA, un biofongicide reposant sur la même technologie.

Cette étape doit faciliter la poursuite des procédures d’autorisation dans d’autres pays européens. Les premières homologations commerciales concernant AXP20 sont actuellement visées pour le troisième trimestre 2028 sur les principaux marchés de l’Union européenne.

Les premières ventes pourraient ensuite intervenir avant la fin de l’année 2028, pour une utilisation par les agriculteurs au printemps 2029. Le produit doit dans un premier temps être destiné au blé, à l’épeautre et au triticale.

Au Royaume-Uni et en Suisse, les premières homologations sont envisagées autour de 2029.

Plus de 70 essais au champ en 2026

Le développement du produit s’appuie sur un programme important d’expérimentations.

Pour la seule année 2026, Syngenta et Amoéba indiquent mener conjointement plus de 70 essais au champ en Europe. Les deux partenaires souhaitent poursuivre et renforcer ce programme dans les prochaines années.

AXP20 fait désormais partie des produits considérés comme importants dans le portefeuille de solutions biologiques de Syngenta. Selon les projections avancées par les partenaires, cette technologie pourrait permettre de protéger plus d’un million d’hectares de céréales dans une zone européenne appelée à s’élargir.

L’accord prévoit que Syngenta dispose des droits exclusifs de distribution du produit pour l’ensemble des céréales, à l’exception du maïs, sur les marchés couverts.

Un partenariat stratégique pour Amoéba

Pour Amoéba, cet accord constitue une étape significative dans le développement commercial de sa technologie.

Fondée en 2010 et installée à Chassieu, près de Lyon, l’entreprise développe des solutions reposant sur l’utilisation brevetée d’amibes dans les secteurs de la protection des plantes et des cosmétiques.

Amoéba concentre actuellement une part importante de son activité sur le marché du biocontrôle agricole. L’entreprise a engagé différentes procédures réglementaires en Europe et aux États-Unis afin de permettre la commercialisation de ses solutions.

La substance active développée par l’entreprise avait déjà été approuvée aux États-Unis en 2022. AXPERA a ensuite obtenu une autorisation de mise sur le marché américaine en 2025 puis française en 2026.

Le partenariat avec Syngenta apporte désormais au groupe français un relais commercial d’envergure sur le marché européen des céréales.

Un marché du biocontrôle appelé à prendre davantage de place

Pour Syngenta, l’intégration d’AXP20 s’inscrit dans une stratégie plus large de développement des solutions biologiques destinées à la protection des cultures.

L’évolution de la réglementation européenne, la réduction du nombre de substances actives disponibles et la nécessité de gérer les résistances conduisent progressivement les acteurs agricoles à rechercher de nouvelles combinaisons entre produits conventionnels et solutions de biocontrôle.

AXP20 devra encore franchir plusieurs étapes réglementaires avant sa commercialisation. Sa marque définitive n’est d’ailleurs pas encore arrêtée et devra elle aussi recevoir les validations nécessaires.

L’accord signé entre Syngenta et Amoéba traduit néanmoins l’accélération des investissements consacrés aux biosolutions agricoles. Pour les céréaliers européens, les prochaines années pourraient ainsi voir apparaître de nouveaux outils destinés à protéger les rendements tout en diversifiant les modes d’action utilisés contre les principales maladies fongiques.

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