Recherche en ligne, l’intelligence artificielle s’installe dans les réflexes des Français

Les habitudes de recherche sur Internet se transforment rapidement. Pour obtenir une information, préparer un achat ou résoudre un problème pratique, les internautes ne se contentent plus de saisir quelques mots dans un moteur de recherche. Ils passent désormais d’un outil à l’autre, consultent une vidéo, interrogent une intelligence artificielle, parcourent les réseaux sociaux ou comparent directement les offres sur une plateforme marchande.

Cette diversification ne signifie pas pour autant la disparition des moteurs de recherche traditionnels. Ils restent largement dominants, mais ils ne constituent plus l’unique porte d’entrée vers l’information. L’Observatoire des usages de la recherche en ligne, réalisé par Eskimoz avec Ipsos auprès de 1 000 Français âgés de 18 à 75 ans, montre que l’intelligence artificielle générative s’installe progressivement dans les pratiques quotidiennes.

Une notoriété désormais massive pour les outils d’IA

En un an, la connaissance des plateformes d’intelligence artificielle générative a fortement progressé. En 2026, 83 % des Français déclarent connaître ces outils, soit une hausse de 17 points par rapport à l’année précédente. Leur notoriété se rapproche ainsi de celle des autres grandes plateformes utilisées pour rechercher des informations en ligne.

Cette progression est particulièrement visible chez les jeunes adultes. Parmi les 18-34 ans, 88 % disent connaître les IA génératives. Cette proportion atteint 77 % chez les 55-75 ans. L’écart reste donc réel, mais il montre également que ces technologies ne concernent plus seulement les publics les plus jeunes ou les professionnels du numérique.

La connaissance de l’IA augmente rapidement, tout comme son utilisation. Alors que les niveaux d’usage des moteurs de recherche ou des réseaux sociaux évoluent assez peu, celui des outils génératifs connaît une nette accélération.

En 2026, 23 % des Français déclarent utiliser une IA générative au moins une fois par jour, contre 14 % en 2025. La progression est encore plus importante à l’échelle hebdomadaire. La proportion d’utilisateurs passe de 29 % à 52 % en un an, soit une hausse de 23 points.

Les moteurs de recherche conservent toutefois une avance importante. Ils sont utilisés quotidiennement par 85 % des personnes interrogées. Les réseaux sociaux restent eux aussi très présents, avec 76 % d’utilisateurs quotidiens.

Des usages différents selon les besoins

Les internautes ne choisissent pas tous les mêmes outils selon la nature de leur recherche. Les moteurs traditionnels restent privilégiés pour rechercher une information. Ils sont cités par 74 % des Français, contre 68 % un an auparavant.

Les IA génératives arrivent encore loin derrière, mais leur progression est rapide. Elles sont désormais utilisées par 20 % des Français pour s’informer, contre seulement 9 % en 2025. Les réseaux sociaux sont cités par 11 % des répondants, les plateformes vidéo par 8 %, les sites d’achat par 5 % et les messageries en ligne par 4 %.

Cette répartition masque toutefois une spécialisation croissante des plateformes. Pour comparer des informations ou des offres, les moteurs de recherche restent dominants, avec 66 % des réponses. Pour apprendre à réaliser une tâche ou trouver un mode d’emploi, les plateformes vidéo s’imposent, puisqu’elles sont utilisées par 58 % des personnes interrogées.

Dans le domaine des achats, les plateformes de commerce en ligne restent le premier réflexe pour rechercher un produit, avec 59 % des réponses. En revanche, lorsqu’il s’agit de choisir un service, les moteurs de recherche reprennent l’avantage avec 52 %.

L’intelligence artificielle s’insère de plus en plus tôt dans ce parcours. Elle est utilisée pour comprendre un besoin, obtenir des recommandations ou comparer plusieurs possibilités. Elle ne remplace pas nécessairement les autres plateformes, mais intervient avant elles. L’internaute peut demander conseil à une IA, vérifier les informations sur un moteur de recherche, puis finaliser son achat sur une place de marché ou le site d’une marque.

Cette nouvelle organisation oblige les entreprises à repenser leur visibilité numérique. Il ne suffit plus d’apparaître dans les premiers résultats d’un moteur. Les marques doivent aussi être présentes dans les contenus, les comparatifs et les sources susceptibles d’être repris dans les réponses générées par les outils d’intelligence artificielle.

Les femmes encore plus prudentes face à l’IA

L’étude fait apparaître des différences importantes entre les hommes et les femmes. Les hommes sont plus nombreux à avoir recours régulièrement aux outils d’intelligence artificielle générative.

Ils sont 29 % à les utiliser chaque jour, contre 18 % des femmes. Sur une base hebdomadaire, 58 % des hommes déclarent utiliser ces plateformes, contre 46 % des femmes.

Un écart comparable apparaît dans l’usage des plateformes vidéo. Elles sont consultées quotidiennement par 51 % des hommes, contre 33 % des femmes.

Ces différences peuvent traduire une appropriation moins rapide de certains nouveaux usages numériques par les femmes. Elles peuvent aussi révéler une plus grande prudence face à des outils dont le fonctionnement, la fiabilité des réponses et la gestion des données personnelles restent encore mal connus d’une partie du public.

Paris, laboratoire des nouvelles pratiques

Les usages varient également selon les territoires. Paris se distingue nettement du reste du pays par une adoption plus importante des nouvelles formes de recherche.

Dans la capitale, 66 % des habitants disent avoir utilisé un moteur de recherche classique au cours des trente derniers jours, contre 75 % dans les autres villes. En revanche, 43 % des Parisiens ont utilisé une recherche conversationnelle fondée sur l’intelligence artificielle. Cette proportion n’est que de 24 % dans le reste de la France.

Le même phénomène apparaît pour les réseaux sociaux. Ils sont utilisés comme outils de recherche par 30 % des habitants de Paris, contre 16 % en moyenne ailleurs.

La capitale apparaît ainsi comme un territoire d’expérimentation où les internautes adoptent plus rapidement les nouveaux services numériques. Cette avance pourrait s’expliquer par une population plus jeune, plus connectée et davantage exposée aux métiers ou aux usages liés aux nouvelles technologies.

Elle souligne également l’existence d’un risque de fracture numérique. Tous les Français n’évoluent pas au même rythme vers ces nouveaux outils. L’âge, le lieu de résidence, le niveau de familiarité avec le numérique ou encore le sentiment de confiance peuvent influencer leur adoption.

Une recherche plus personnalisée et plus fragmentée

La multiplication des plateformes est perçue comme une source d’avantages. Un tiers des Français, soit 33 %, apprécient la diversité des sources d’information. Ils sont 26 % à mettre en avant la possibilité d’explorer plusieurs points de vue, et 24 % à considérer qu’ils disposent d’un plus grand nombre d’options pour effectuer leurs recherches.

La personnalisation progresse également dans les attentes. Elle est citée par 20 % des répondants, soit cinq points de plus qu’en 2025. Les internautes souhaitent obtenir des réponses plus directement adaptées à leur situation, plutôt qu’une longue liste de liens à parcourir.

Cette personnalisation constitue précisément l’un des principaux atouts des IA conversationnelles. L’utilisateur peut préciser sa demande, poser une question complémentaire, demander une comparaison ou adapter la réponse à ses contraintes. Cette facilité d’utilisation contribue à leur progression rapide.

Elle soulève néanmoins plusieurs questions. Plus les recherches deviennent personnalisées, plus les internautes risquent d’être enfermés dans des réponses sélectionnées en fonction de leurs habitudes ou de leurs préférences. La diversité des plateformes ne garantit donc pas automatiquement une meilleure diversité de l’information.

L’IA pourrait bientôt rejoindre les moteurs de recherche

Les intentions d’usage montrent que cette transformation devrait se poursuivre. En 2025, seuls 18 % des Français envisageaient d’utiliser une IA générative pour leurs futures recherches. En 2026, ils sont 58 %, soit une progression de 40 points en un an.

L’intelligence artificielle rejoint ainsi les moteurs de recherche dans les usages envisagés. Ces derniers restent cités par 57 % des personnes interrogées.

Cette proximité ne signifie pas forcément que l’IA remplacera Google ou les autres moteurs. Un modèle plus hybride semble se dessiner. Les internautes pourraient commencer leur recherche par une conversation avec une IA, poursuivre avec des sites spécialisés ou des vidéos, puis terminer sur une plateforme d’achat ou le site d’un prestataire.

La recherche en ligne devient ainsi moins linéaire, plus fragmentée et plus conversationnelle. Le moteur de recherche reste central, mais il doit désormais partager l’attention des internautes avec une multitude d’outils. En quelques années, la question n’est plus seulement de savoir ce que les Français recherchent sur Internet, mais aussi à quelle plateforme ils choisissent désormais de le demander.

Quitter la version mobile