Pourquoi Emmanuel Macron, de moins en moins apprécié des Français, ne démissionne pas

La baisse de popularité d’Emmanuel Macron est désormais un fait installé. Depuis plusieurs années, les enquêtes d’opinion montrent un président durablement contesté, parfois rejeté, rarement soutenu au delà d’un noyau restreint. Réformes impopulaires, style de gouvernance jugé vertical, sentiment de distance avec la vie quotidienne des Français. Le constat est largement partagé. Pourtant, malgré cette défiance persistante, Emmanuel Macron n’a jamais sérieusement envisagé la démission. Cette position interroge. Pourquoi un président aussi critiqué reste t il en fonction jusqu’au terme de son mandat ?

La réponse tient à la fois au cadre institutionnel, à la conception macronienne du pouvoir et à une lecture très particulière de la légitimité démocratique.

La Ve République ne lie pas mandat et popularité

La première explication est institutionnelle. Dans la Ve République, un président n’est pas tenu de démissionner parce qu’il est impopulaire. Il est élu pour un mandat à durée déterminée et ne peut être contraint au départ que dans des cas très précis. Incapacité, manquement grave, ou destitution selon une procédure exceptionnelle, jamais utilisée à ce jour.

La popularité n’est donc pas un critère juridique de maintien ou de départ. Un président peut gouverner contre l’opinion, tant qu’il respecte le cadre constitutionnel. Emmanuel Macron le sait parfaitement et s’inscrit pleinement dans cette logique. Pour lui, la légitimité vient du suffrage universel direct, pas des sondages.

Cette conception est au cœur de son rapport au pouvoir. Les enquêtes d’opinion sont perçues comme des indicateurs, pas comme des injonctions.

Une vision verticale et assumée de la fonction présidentielle

Emmanuel Macron a toujours revendiqué une conception forte de la fonction présidentielle. Dès son premier mandat, il a insisté sur la nécessité d’un pouvoir stable, capable de décider même lorsque les décisions sont impopulaires. Cette posture s’inscrit dans une lecture gaullienne de la Ve République, où le chef de l’État incarne la continuité, la solidité et la durée.

Dans cette logique, démissionner sous la pression de l’opinion serait perçu comme une faute politique majeure. Cela reviendrait à affaiblir la fonction présidentielle elle même et à installer un précédent dangereux. Un président qui partirait parce qu’il est impopulaire ouvrirait la voie à une instabilité chronique du pouvoir exécutif.

Pour Emmanuel Macron, gouverner consiste précisément à résister aux vents contraires, pas à s’y soumettre.

L’absence d’alternative claire et stabilisatrice

Une autre raison majeure explique ce refus de la démission. Le paysage politique français est profondément fragmenté. Aucun camp ne semble aujourd’hui en mesure de proposer une alternative claire, rassembleuse et immédiatement opérationnelle.

Une démission présidentielle entraînerait une élection anticipée dans un climat de tensions extrêmes. Rien ne garantit qu’elle produirait une situation plus stable. Au contraire, beaucoup redoutent qu’elle débouche sur une polarisation accrue, voire sur un renforcement des forces politiques les plus radicales.

Dans cette perspective, Emmanuel Macron peut estimer qu’il reste, malgré l’impopularité, un facteur de stabilité relative. Sa présence au sommet de l’État agit comme un verrou institutionnel face à des scénarios jugés plus risqués.

Un président qui se vit comme un rempart

Cette idée du rempart est centrale dans la stratégie macronienne. Emmanuel Macron se présente souvent comme celui qui empêche le pire, plutôt que comme celui qui incarne l’adhésion enthousiaste. Cette posture est particulièrement visible face à la montée des extrêmes et à la radicalisation du débat public.

Démissionner reviendrait, dans cette lecture, à abandonner le terrain et à prendre le risque d’un basculement politique majeur. Le président préfère assumer une impopularité durable plutôt que de provoquer une rupture institutionnelle aux conséquences imprévisibles.

Ce raisonnement peut être contesté, mais il structure profondément sa décision de rester en fonction.

Une lecture personnelle de la responsabilité politique

Emmanuel Macron a souvent exprimé une vision très exigeante de la responsabilité politique. Pour lui, être responsable ne signifie pas plaire, mais décider. Cette philosophie le conduit à considérer que quitter le pouvoir serait une forme de renoncement.

Il estime avoir été élu sur un programme, avec un cap, et considère qu’il lui appartient d’aller au bout, même si le chemin est contesté. Cette logique est particulièrement visible dans les grandes réformes structurelles, comme celles des retraites, du travail ou de la transformation de l’État.

Dans son esprit, la cohérence prime sur la popularité.

La démission comme aveu d’échec personnel

Il existe aussi une dimension plus intime et politique. Une démission serait interprétée comme un aveu d’échec personnel et collectif. Pour un président qui a construit son image sur la maîtrise, la rationalité et la capacité à réformer, ce serait un désaveu lourd.

Emmanuel Macron sait que l’histoire politique est sévère avec les dirigeants qui quittent le pouvoir prématurément. Il préfère affronter la critique que laisser l’image d’un président incapable d’aller au terme de son mandat.

Une défiance qui n’implique pas toujours le départ

Il faut enfin distinguer rejet et destitution symbolique. Si Emmanuel Macron est peu apprécié, cela ne signifie pas que la majorité des Français réclame explicitement sa démission. La défiance est souvent diffuse, fragmentée, sans traduction politique unifiée.

Beaucoup de citoyens expriment un mécontentement, mais sans projet alternatif clair. Cette ambiguïté permet au président de se maintenir, en considérant que la contestation, bien que réelle, n’est pas structurée autour d’une exigence majoritaire de départ.

Un président jusqu’au bout, coûte que coûte

Si Emmanuel Macron ne démissionne pas malgré une impopularité persistante, ce n’est ni par déni ni par aveuglement. C’est le résultat d’un choix politique assumé, fondé sur la Constitution, sur une conception exigeante de la fonction présidentielle et sur une lecture stratégique du contexte français.

Rester en fonction, pour lui, relève d’une responsabilité supérieure. Celle d’assurer la continuité de l’État, même au prix d’un isolement croissant. Cette posture peut être critiquée, contestée, rejetée. Mais elle est cohérente avec la manière dont Emmanuel Macron conçoit le pouvoir depuis son entrée en politique.

La vraie question n’est donc peut être pas pourquoi il ne démissionne pas, mais ce que cette situation révèle de l’état de la démocratie française, de son rapport à l’autorité, et de sa difficulté croissante à concilier décision politique et adhésion populaire.

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