
Cette décision ne “rend pas obligatoire” l’écriture inclusive partout. Elle confirme surtout qu’un usage ponctuel de ces formes, dans ce contexte précis, ne suffit pas à caractériser l’emploi d’une autre langue que le français, ni, à lui seul, une prise de position politique contraire au principe de neutralité du service public.
L’écriture inclusive, c’est quoi exactement ?
On parle d’écriture inclusive pour désigner un ensemble de procédés visant à rendre les femmes visibles dans la langue, et parfois à éviter le masculin générique quand il efface mentalement la mixité d’un groupe. Ce n’est pas une technique unique, mais une “boîte à outils” :
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La féminisation des noms de métiers et fonctions : “la ministre”, “une autrice”, “la présidente”.
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Les doublets : “les électeurs et les électrices”, “toutes et tous”.
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Les mots épicènes (identiques au masculin et au féminin, ou peu marqués) : “les personnes”, “le corps enseignant”, “les membres”.
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Les formulations englobantes : “la population”, “les droits humains”.
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Les formes abrégées avec signe typographique : point ou point médian du type “étudiant·e·s”, “conseiller·e·s”.
Les plaques parisiennes évoquées dans le contentieux utilisaient précisément ce dernier procédé, avec un point médian, pour faire apparaître les terminaisons féminines et le pluriel.
D’où ça vient, en France ?
L’idée d’une langue moins “invisibilisante” pour les femmes s’inscrit dans une histoire plus longue (féminisation des métiers, recommandations institutionnelles, débats académiques). Dans le champ public français, deux repères reviennent souvent :
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Le Haut Conseil à l’Égalité a publié des guides de communication non sexiste qui recommandent notamment de féminiser les fonctions et d’éviter les stéréotypes, avec une ouverture à différentes pratiques d’écriture inclusive selon les cas.
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La circulaire du 21 novembre 2017 sur les textes publiés au Journal officiel encourage la féminisation des titres et fonctions, mais déconseille certaines graphies, notamment dans l’écriture normative de l’État.
Dans l’enseignement scolaire, une circulaire de 2021 a, elle, proscrit le recours au point médian dans le cadre pédagogique, au nom de la maîtrise de la langue et de la lecture. Le Conseil d’État a jugé cette interdiction légale en 2024.
Bref, l’État peut encadrer certains usages dans certains cadres, sans que cela signifie que toute forme inclusive serait “hors français” dans tous les autres contextes.
Les avantages qu’on lui attribue
Les arguments favorables se structurent souvent autour de trois idées :
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Visibilité et représentation : écrire “les candidat(e)s” ou “les candidat·e·s” signale explicitement que la fonction ou le groupe concerne aussi les femmes, ce qui compte particulièrement dans les univers historiquement masculins.
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Effet sur les stéréotypes : l’idée est de réduire l’association automatique “masculin = norme”, en multipliant les formes qui rendent la mixité évidente.
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Cohérence avec des politiques d’égalité : dans la communication institutionnelle, l’inclusif peut être vu comme un levier parmi d’autres, au même titre que la féminisation des titres et la vigilance sur les images et exemples.
Les inconvénients et critiques récurrentes
Les objections reviennent, elles aussi, de façon assez stable :
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Lisibilité et apprentissage : les formes abrégées avec point médian peuvent compliquer la lecture, surtout pour les publics en difficulté ou en apprentissage. C’est l’un des motifs avancés pour limiter cet usage à l’école.
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Accessibilité numérique : selon les outils, certaines synthèses vocales et lecteurs d’écran gèrent mal ces graphies, ce qui pose un enjeu d’accessibilité (variable selon logiciels et paramétrages).
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Hétérogénéité des pratiques : absence de standard unique, multiplicité des conventions typographiques, risques d’incohérence dans les documents.
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Politisation du sujet : même quand l’intention est linguistique ou égalitaire, l’inclusif est devenu un marqueur culturel et politique, ce qui crée des tensions dans les organisations.
Concrètement, que va t il se passer pour les plaques commémoratives à Paris ?
Sur le plan strictement juridique, la conséquence la plus directe est simple : les plaques contestées peuvent rester en l’état, puisque le recours est arrivé au bout de la chaîne et n’a pas abouti.
Ce qu’il faut éviter de surinterpréter :
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La décision ne crée pas une obligation générale pour toutes les collectivités d’adopter l’écriture inclusive.
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Elle ne “change” pas les règles du Journal officiel ni les consignes applicables à l’école, qui relèvent d’autres textes et d’autres finalités.
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Elle indique surtout qu’en l’absence d’interdiction législative générale, un support commémoratif local peut employer ce type de graphie sans que cela soit automatiquement illégal au regard de l’article 2 de la Constitution ou du principe de neutralité, dans les circonstances de l’affaire.
Conclusion prospective
La séquence parisienne ferme une bataille judiciaire, mais elle ouvre probablement une nouvelle phase du débat : moins centrée sur “est ce du français ?”, davantage tournée vers la normalisation (quelles formes, dans quels documents, avec quelles règles d’accessibilité) et vers le terrain législatif ou réglementaire (périmètres, exceptions, obligations de lisibilité). À Paris, les plaques existantes devraient donc rester telles quelles, tandis que la vraie question, désormais, est celle de la doctrine future : la Ville poursuivra t elle ces choix sur d’autres supports, et l’État choisira t il, ou non, de fixer une règle plus générale pour éviter que chaque affaire se règle au cas par cas devant le juge.