Créé pour agir en faveur des reporters de guerre, le Fonds Joseph Kessel cible en priorité les jeunes freelances. Ces professionnels jouent un rôle essentiel dans la couverture des crises internationales, mais ils travaillent souvent dans des conditions précaires. L’accompagnement annoncé repose sur une approche concrète : mieux former, mieux équiper et mieux protéger celles et ceux qui choisissent de documenter les conflits, les tensions sociales, les atteintes aux droits humains ou les conséquences des guerres sur les populations civiles.
Dix journalistes composent cette première promotion 2026 : Rémi Carton, Yohan Châble, Apolline Convain, Aubin Eymard, Merlin Ferret, Solène Gripon, Marie Ruwet, Emeline Sauvage, Margaux Seigneur et Juliette Turrini. Leur sélection a été réalisée en lien étroit avec le collectif Frog of War, réseau intergénérationnel de reporters de guerre fondé autour de la transmission, de la formation et du perfectionnement des pratiques professionnelles sur les terrains hostiles.
Le dispositif repose sur trois piliers. Le premier est une formation initiale en sécurité personnelle, comprenant des exercices pratiques destinés à préparer les reporters aux dangers des zones de guerre. Cette formation sera assurée par Geos-Other Solutions. Le deuxième pilier concerne la mise à disposition, pendant trois ans, d’un matériel de protection individuelle pour les stagiaires certifiés, fourni par MP Sec. Le troisième volet prévoit une subvention sur trois ans afin de financer partiellement une prévoyance couvrant le risque de guerre.
Au-delà de l’aide matérielle, l’initiative entend aussi créer un cadre de transmission professionnelle. Le Fonds Joseph Kessel, mécène du collectif Frog of War depuis 2024, renforce son soutien en 2026 afin de favoriser les échanges entre pairs, les stages de perfectionnement et le partage d’informations sur les zones d’engagement potentielles. Cette dimension est essentielle pour des journalistes amenés à évoluer dans des environnements mouvants, dangereux et souvent difficiles à décrypter.
Les profils retenus reflètent la diversité du reportage contemporain. Rémi Carton travaille sur des sujets de société, de pauvreté, de corruption, d’immigration, de trafic de drogue ou encore de crises climatiques, notamment en Haïti et en Afrique. Yohan Châble couvre des terrains de crise en Ukraine, dans le Caucase, en Asie et en Amérique latine. Apolline Convain, installée au Proche-Orient, suit notamment les conflits au Liban, en Syrie et en Irak. Aubin Eymard, basé entre Beyrouth et Damas, s’intéresse aux conséquences culturelles et sociales des conflits.
Merlin Ferret, photographe et vidéaste freelance, travaille entre la Syrie, le Liban et la France, après avoir couvert des mouvements sociaux et des terrains comme le Chili, l’Ukraine ou le Maroc. Solène Gripon, journaliste, vidéaste et réalisatrice indépendante, couvre notamment la Cisjordanie, Gaza et l’extrême droite israélienne. Marie Ruwet, photojournaliste belge basée au Sénégal, documente principalement le continent africain tout en interrogeant les pratiques du photojournalisme européen en Afrique. Emeline Sauvage se consacre aux grands reportages et documentaires télévisés. Margaux Seigneur réalise enquêtes et reportages longs dans des régions en conflit telles que le Pakistan, l’Irak, l’Ukraine ou le Liban. Juliette Turrini, venue de la photographie culinaire, s’est tournée vers le reportage et le documentaire, notamment autour de l’alimentation en temps de guerre et de la vie des soldats ukrainiens.
Avec cette première promotion, le Fonds Joseph Kessel inscrit son action dans une logique de prévention et de professionnalisation. Il ne s’agit pas seulement d’aider des journalistes à partir sur le terrain, mais de leur donner les moyens de le faire avec davantage de sécurité, de préparation et de continuité. Dans un monde où les conflits se multiplient et où l’accès à une information fiable reste fragile, le soutien aux reporters indépendants devient aussi un enjeu démocratique.