
Le SMS paraît presque rassurant. Il précise que, si vous n’êtes pas à l’origine de l’opération, vous devez appeler immédiatement un numéro présenté comme celui du service d’opposition ou du service antifraude.
Le premier réflexe semble évident. Prendre son téléphone, composer le numéro et tenter d’empêcher le débit.
C’est précisément ce que les escrocs attendent.
Une arnaque qui inverse les rôles
Dans les formes classiques d’escroquerie bancaire, un faux conseiller appelle directement sa victime. Celle-ci peut alors se méfier d’un interlocuteur inconnu ou raccrocher par prudence.
Avec le faux numéro d’opposition, le scénario est beaucoup plus trompeur. La victime prend elle-même l’initiative de l’appel. Elle pense contacter un service chargé de la protéger et se retrouve, sans le savoir, en communication avec l’auteur de l’arnaque.
Le message frauduleux peut prétendre provenir d’une banque, d’un site marchand, d’un service de paiement ou même d’une institution publique. Il annonce une opération imaginaire et indique un numéro à joindre en urgence pour la contester.
Une fois le numéro composé, un faux conseiller répond avec un discours préparé. Il connaît parfois le nom de la victime, son adresse, sa banque ou certaines informations personnelles récupérées à la suite d’une fuite de données. Cette connaissance partielle suffit souvent à rendre son récit crédible.
Le faux conseiller ne demande pas toujours directement de l’argent
L’escroc commence généralement par confirmer qu’une fraude serait en cours. Il prétend ensuite devoir vérifier l’identité de son interlocuteur ou sécuriser son compte.
Il peut demander des informations bancaires, des codes reçus par SMS ou une validation dans l’application de la banque. Il présente alors ces manipulations comme l’annulation d’une opération suspecte.
En réalité, la victime peut être en train d’autoriser elle-même un paiement ou un virement au profit de l’escroc.
Dans une autre version, le faux conseiller demande de poursuivre la conversation sur WhatsApp puis de partager l’écran du téléphone. Il peut ainsi observer l’application bancaire, guider la victime et lui dicter les opérations à effectuer.
Certains escrocs vont encore plus loin. Ils demandent le code confidentiel de la carte bancaire et annoncent l’arrivée prochaine d’un coursier chargé de récupérer la carte pour la détruire ou l’analyser. Le faux coursier se présente alors au domicile et remet la carte à un complice qui peut immédiatement effectuer des retraits ou des achats.
Cybermalveillance.gouv.fr indique que la fraude au faux conseiller bancaire a fortement progressé en 2025, avec une hausse de 159 % des demandes d’assistance liées à cette menace. L’organisme a également observé le développement du faux numéro d’opposition, de l’utilisation de WhatsApp et du recours à de faux coursiers.
Pourquoi le piège fonctionne aussi bien
Cette arnaque exploite moins la naïveté que la peur de perdre de l’argent.
Le message annonce souvent une somme suffisamment importante pour provoquer une réaction immédiate, mais suffisamment vraisemblable pour ne pas sembler totalement absurde. Il peut également préciser que le débit n’apparaîtra sur le compte que dans les prochaines 24 ou 48 heures.
La victime vérifie alors son relevé bancaire et ne trouve aucune trace du paiement. L’escroc lui explique que cette absence est normale puisque l’opération serait encore en attente. Le piège se referme ainsi sur une apparente incohérence qui devient, dans son récit, une preuve supplémentaire de l’urgence.
Le numéro utilisé peut commencer par 06, 07, 09 ou reprendre l’apparence d’un numéro professionnel. L’affichage d’un numéro familier ou français n’est cependant pas une garantie. Les fraudeurs peuvent usurper le numéro d’un particulier, d’une entreprise ou d’une institution grâce à des techniques de falsification de l’affichage téléphonique.
Près de 18 000 signalements liés à ce type d’usurpation de numéro ont été enregistrés auprès de l’Arcep entre janvier et décembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, certains appels provenant de l’étranger et utilisant un numéro mobile français impossible à authentifier doivent apparaître comme « numéro masqué », mais cette mesure ne permet pas d’éliminer toutes les tentatives.
Le bon réflexe consiste à ne jamais rappeler le numéro indiqué
Lorsqu’un message annonce une opération inconnue, il ne faut ni répondre ni appeler le numéro fourni.
La vérification doit être effectuée directement dans l’application bancaire officielle ou en composant un numéro déjà connu. Il peut s’agir du numéro inscrit au dos de la carte bancaire, sur un relevé de compte ou sur le site officiel de l’établissement saisi manuellement dans le navigateur.
Une banque ne demande pas à un client de lui communiquer le code secret de sa carte. Elle ne demande pas non plus de remettre celle-ci à un coursier, d’acheter des coupons de paiement ou de partager l’écran de son téléphone pour annuler une fraude.
Cybermalveillance.gouv.fr recommande également de signaler les SMS frauduleux au 33700 et les courriels suspects à Signal Spam. Une victime doit prévenir immédiatement sa banque, conserver les messages et les numéros utilisés, puis déposer plainte.
Une arnaque conçue pour piéger les personnes vigilantes
Le principal danger de cette fraude est qu’elle donne à la victime l’impression d’adopter le bon réflexe.
Elle ne clique pas nécessairement sur un lien douteux. Elle ne répond pas à un appel inconnu. Elle croit contacter elle-même un service officiel pour protéger son argent.
La prudence ne consiste donc plus seulement à se méfier des personnes qui appellent. Elle consiste aussi à ne jamais utiliser les coordonnées fournies dans un message alarmant.
Face à une prétendue urgence bancaire, quelques minutes de vérification peuvent éviter des milliers d’euros de pertes. La véritable banque supportera toujours que son client raccroche et la rappelle par un canal officiel. L’escroc, lui, fera tout pour l’en empêcher.