
Septembre possède quelque chose d’un deuxième mois de janvier. La rentrée scolaire, le retour au bureau, la reprise des activités sportives et associatives ou simplement la fin des vacances créent une impression de nouveau départ.
Les agendas se remplissent à nouveau et les projets reviennent. On décide alors de se coucher plus tôt, de reprendre la marche ou la salle de sport, de cuisiner davantage, de lire plutôt que de regarder son téléphone ou encore de mieux organiser ses journées.
Sur le papier, tout semble simple.
Dans la pratique, le réveil sonne et l’on repousse le moment de se lever. La séance de sport prévue le soir disparaît derrière une journée trop longue. Le téléphone accompagne à nouveau le petit-déjeuner puis le coucher. Quant aux bonnes résolutions alimentaires, elles doivent composer avec les courses à faire, le travail et les contraintes familiales.
La difficulté vient en partie de ce que nous appelons précisément une habitude.
Une habitude ne se commande pas
Une habitude n’est pas simplement une décision répétée chaque matin. Elle se construit progressivement par la répétition d’un comportement dans un contexte relativement stable.
Des travaux consacrés à la formation des habitudes montrent notamment l’importance de l’association entre un comportement et un repère régulier de la journée. Une étude publiée dans le British Journal of Health Psychology a ainsi suivi pendant 84 jours des adultes cherchant à installer un nouveau comportement alimentaire. La répétition du comportement prévu constituait un élément déterminant dans le développement de son caractère automatique.
Autrement dit, décider le 1er septembre que l’on fera désormais du sport trois fois par semaine ne suffit pas à transformer immédiatement cette décision en automatisme.
Avant les vacances, certains comportements fonctionnaient presque sans réflexion. Le réveil sonnait à la même heure, le café suivait, puis la douche, le trajet, le travail et éventuellement l’activité sportive du soir.
Les vacances bouleversent ces repères.
On se couche plus tard. On mange à des horaires différents. On se déplace davantage ou beaucoup moins. On consulte son téléphone à des moments inhabituels. Les repas s’allongent. Les journées sont moins minutées.
Ce changement peut être agréable précisément parce qu’il rompt avec les automatismes du reste de l’année.
Le problème apparaît lorsque l’on souhaite, du jour au lendemain, retrouver exactement le rythme précédent.
Nous voulons souvent tout reprendre en même temps
La rentrée produit également un phénomène assez particulier. Puisque septembre ressemble à un commencement, nous avons tendance à vouloir modifier plusieurs aspects de notre vie simultanément.
Lundi, retour au sport.
Mardi, suppression des biscuits au bureau.
Mercredi, téléphone interdit après 21 heures.
Jeudi, coucher à 22 h 30.
Vendredi, rangement complet de l’appartement.
Et pourquoi ne pas ajouter quelques livres à lire et une nouvelle activité le week-end ?
Cette accumulation transforme rapidement une volonté de mieux organiser son quotidien en programme particulièrement exigeant.
Or une habitude est justement efficace lorsqu’elle demande de moins en moins de décisions conscientes.
Vouloir tout transformer simultanément produit l’effet inverse. Chaque nouvelle règle impose de réfléchir, d’arbitrer et parfois de renoncer à une gratification immédiate.
La reprise devient alors une succession de petites négociations avec soi-même.
Le sommeil est souvent le premier rythme à reconstruire
Parmi les habitudes les plus visibles au retour des vacances figure le sommeil.
Pendant l’été, les heures de coucher et de lever peuvent avoir été décalées. Les soirées sont plus longues et les contraintes du lendemain moins fortes.
Puis le réveil professionnel revient brutalement.
Retrouver progressivement des horaires réguliers fait partie des conseils classiquement formulés au moment de la rentrée. France Travail recommande notamment de modifier progressivement les horaires de coucher et de lever plutôt que de rechercher un changement brutal. L’Assurance Maladie rappelle également l’intérêt d’horaires réguliers et de la limitation des écrans avant le coucher.
Le principe dépasse d’ailleurs la question du sommeil.
Passer directement de plusieurs semaines sans sport à quatre séances hebdomadaires peut être difficile à tenir. Reprendre une activité deux fois par semaine ou réintroduire simplement la marche dans certaines parties de la journée paraît souvent beaucoup plus réaliste.
Ce mois de septembre 2026 illustre cette volonté de remettre le mouvement dans le quotidien avec la première édition de « Septembre Bouge », organisée pendant tout le mois en France pour encourager la reprise ou le développement d’une activité physique et sportive.
Le téléphone possède un avantage considérable sur nos résolutions
Il existe également un adversaire particulièrement efficace lorsqu’il s’agit de retrouver certaines habitudes : l’écran.
Consulter son téléphone demande presque aucun effort.
Faire une promenade demande de mettre ses chaussures et de sortir.
Lire un livre impose de trouver le livre et de commencer la lecture.
Préparer un repas suppose d’avoir fait les courses.
Une vidéo ou un réseau social, eux, sont disponibles immédiatement.
La différence peut paraître insignifiante, mais les habitudes se construisent aussi autour de cette facilité d’accès.
C’est pourquoi une résolution telle que « regarder moins mon téléphone » reste assez abstraite. Modifier concrètement le contexte peut être plus simple : ne pas poser le téléphone sur la table pendant le repas, laisser le chargeur hors de la chambre ou désactiver certaines notifications.
L’objectif n’est plus seulement de résister à une tentation mais de changer légèrement l’environnement dans lequel le comportement apparaît.
Les petites règles fonctionnent souvent mieux que les grandes déclarations
La rentrée nous pousse facilement vers des objectifs généraux.
« Je vais faire plus de sport. »
« Je vais mieux manger. »
« Je vais être mieux organisé. »
« Je vais passer moins de temps sur les écrans. »
Le problème tient au fait qu’aucune de ces phrases ne précise ce qu’il faut réellement faire mardi prochain à 18 h 30.
Un comportement concret est beaucoup plus facile à intégrer dans une journée.
Marcher vingt minutes après le déjeuner.
Préparer ses affaires de sport la veille.
Lire dix pages avant de dormir.
Laisser le téléphone dans une autre pièce pendant le dîner.
Préparer le déjeuner du lendemain après le repas du soir.
Les recherches sur la formation des habitudes montrent justement que relier un nouveau comportement à une heure précise ou à une routine déjà existante peut faciliter sa répétition.
L’enjeu consiste donc moins à se promettre une nouvelle vie qu’à trouver quelques points d’ancrage dans celle que l’on possède déjà.
Une journée ratée ne détruit pas une habitude
La difficulté de la rentrée vient enfin de notre tendance à raisonner en tout ou rien.
On avait prévu trois séances de sport. Une réunion empêche la deuxième. La semaine est alors considérée comme ratée.
On souhaitait arrêter les écrans à 22 heures. Un soir, on regarde une série jusqu’à minuit. La résolution semble abandonnée.
Pourtant, une habitude repose davantage sur la répétition dans le temps que sur la perfection quotidienne.
Manquer occasionnellement une activité n’efface pas les répétitions précédentes. Ce qui compte est surtout de pouvoir reprendre le comportement lorsque le contexte redevient favorable.
Cette manière de considérer les habitudes change sensiblement la rentrée.
Il ne s’agit plus de réussir intégralement son nouveau programme dès la première semaine de septembre mais de reconstruire progressivement quelques automatismes.
Septembre n’est finalement pas janvier
La comparaison entre septembre et janvier a ses limites.
En janvier, les bonnes résolutions accompagnent essentiellement un changement de calendrier. En septembre, le changement est beaucoup plus concret.
Les horaires changent. Les écoles reprennent. Les transports se remplissent. Les activités recommencent. Les collègues reviennent. Les journées raccourcissent progressivement et les agendas retrouvent leur organisation habituelle.
C’est précisément pour cette raison que septembre constitue un moment propice pour revoir certaines habitudes.
Le contexte quotidien est déjà en train de changer.
Plutôt que de lutter contre ce bouleversement en essayant de reprendre immédiatement toutes les habitudes abandonnées pendant les vacances, il peut donc être plus efficace de profiter de la rentrée pour reconstruire son organisation progressivement.
Une heure de coucher un peu plus régulière. Une activité sportive réaliste. Quelques repas davantage préparés. Un téléphone laissé de côté pendant certains moments de la journée.
Cela paraît moins spectaculaire qu’une longue liste de résolutions.
Mais c’est probablement aussi pour cette raison que ces changements ont davantage de chances de survivre au mois de septembre.